"Cézanne et Moi" : Gallienne et Canet dans un film grevinisé

On connaissait la "Nana" de Zola, voici maintenant son pote.

Fernand Denis

On connaissait la "Nana" de Zola, voici maintenant son pote.

Cézanne et moi. Et moi, c’est Zola. Ces deux gloires fréquentaient la même cour d’école à Aix-en-Provence. Paul, le fils de banquier. Emile l’émigré italien, vivant seul avec sa mère, couturière. Avec leur copain Baptistin, ces trois-là ont vécu une adolescence provençale gorgée de lumière, de ciels bleus, de pins, de rochers secrets et de rivières sauvages.

Puis Zola est monté à Paris et Cézanne a continué de s’engueuler avec son père qui ne voulait pas d’un fils peintre. Jusqu’au jour où Paul a claqué la porte de la propriété familiale pour frapper à celle de l’appartement de bohème de son ami. Ecrivain et journaliste, celui-ci bataillait à l’époque pour défendre Manet dont "Le déjeuner sur l’herbe" faisait scandale.

Eh oui, Cézanne et Zola furent amis pour la vie. Une amitié houleuse. Pourquoi ?

Cherchez la femme, bien sûr! Cézanne séduit celle que Zola aimait en secret. Cherchez le succès aussi! L’auteur de "Nana" et de "Germinal" connaît des tirages impressionnants alors que Cézanne n’arrive pas à vendre une toile. Cherchez le caractère! Comme dit la femme d’Emile, son mari n’est violent que dans ses livres alors que Paul Cézanne est une grenade autodégoupillante. Il explose pour un oui, pour un non. Il est fâché avec tout le monde. Même avec son pinceau. Même avec son ami que la réussite a transformé en grand bourgeois.

De ces deux monuments, Danièle Thompson livre un portrait scolaire. Le terme n’est pas forcément péjoratif. Elle donne l’envie de se plonger dans une monographie du peintre des pommes, de lire "L’œuvre" qui évoque la relation entre les deux hommes.

Toutefois, cette mise en scène académique, au cadre léché, aux costumes à quatre épingles, aux références culturelles pour dossier pédagogique, aux mots d’auteur ciselés, est en porte-à-faux complet avec son sujet. Ces deux-là ont dynamité leur temps, l’un en se consacrant à une classe sociale méprisée, l’autre en poussant la peinture au-delà de l’impressionnisme. Or, il n’y a dans "Cézanne et moi" aucune ambition formelle, aucun geste créateur.

Passé l’effet de surprise - ce n’est pas un simple biopic mais un double sur Cézanne et Zola - le film est grevinisé. Seule l’interprétation n’est pas vitrifiée en permanence. Avec un avantage pour Zola-Canet, moins théâtral que Cézane-Gallienne. Azéma et Isabelle Candelier sont aussi très bien mais trop rares.

"Cézanne et moi" est en somme une visite en compagnie d’un guide qui récite mécaniquement sa leçon.


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© IPM

Réalisation, scénario : Danièle Thompson. Image : Jean-Marie Dreujou. Avec Guillaume Gallienne, Guillaume Canet, Alice Pol, Isabelle Candelier...1h 56