"La Fille inconnue" : Pour les frères Dardenne, la critique a joué son rôle

Après l’enthousiasme soulevé par "Deux jours, une nuit" en 2014 sur la Croisette, l’accueil de "La Fille inconnue" en 2016 paraissait forcément plus mitigé. Si l’appréciation était globalement positive, chacun y allait de sa réserve.

"La Fille inconnue" : Pour les frères Dardenne, la critique a joué son rôle
©Christophe Bortels
Fernand Denis

Après l’enthousiasme soulevé par "Deux jours, une nuit" en 2014 sur la Croisette, l’accueil de "La Fille inconnue" en 2016 paraissait forcément plus mitigé. Si l’appréciation était globalement positive, chacun y allait de sa réserve.

Ainsi, on pouvait être frappé par l’augmentation de la distance entre le sujet et la caméra, alors que cette proximité est une caractéristique du style des Dardenne. Or, ce nouveau montage donne l’impression que la caméra s’est à nouveau rapprochée. On peut dès lors se demander si les Dardenne ont choisi d’autres prises pour les mêmes plans. "Ce sont les mêmes prises mais coupées autrement, de façon à rendre Jenny plus présente , précise Jean-Pierre Dardenne . On a privilégié la connexion mentale avec le spectateur plutôt que la narration. Je pense qu’on a voulu aller trop vite. On n’a pas pris le temps de laisser reposer entre le tournage et le montage. Trois jours seulement."

Luc Dardenne enchaîne sur la réaction cannoise. "Nous avions justement réagi à travers votre question à Cannes sur la distance, mais aussi celles d’autres journalistes belges, français, italiens, anglais et américains en qui nous avons confiance; on a senti quelque chose que nous sentions aussi. On peut le dire, la critique a joué son rôle. On a senti le regard bienveillant et les réserves. On ne s’était pas rendu compte que la fille était plus loin."

Alors qu’Adèle Haenel occupe davantage l’écran à l’occasion de ce remontage, son oreille devient le centre de l’image, comme l’était la nuque d’Olivier Gourmet dans "Le Fils". "La force de Jenny, c’est son écoute, répond logiquement Jean-Pierre . C’est en écoutant qu’elle peut faire des diagnostics. Elle entend les corps, elle écoute la vie, c’est le premier plan du film."

La phrase qu’on retiendra du film est sans affirmation du Dr Davin : "Un bon médecin est plus fort que ses émotions."

Dès lors, on peut demander aux frères : un bon réalisateur est plus fort que quoi ? Eclats de rire. Jean-Pierre se lance le premier : "Un bon réalisateur aussi doit être plus que ses émotions dans le sens où il ne doit pas pleurer avec ses personnages. Ne pas se complaire dans le plaisir ou dans la douleur. Ne pas s’épancher. Cela ne veut pas dire qu’il ne doit pas avoir d’empathie pour ses personnages mais il ne doit pas être complaisant."

Et Luc embraie : "Le bon réalisateur ne doit pas posséder ses personnages. Il doit leur faire confiance, les laisser s’échapper car ils sont meilleurs que lui. Ça me dérange que je sens que le réalisateur regarde ses personnages d’en haut."

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