"Don't Breathe" : Terreur aveugle

Un bon petit slasher bien crasseux dans les ruines de Detroit.

Hubert Heyrendt

Un bon petit slasher bien crasseux dans les ruines de Detroit.

Fallait pas y aller ! Le plan semblait pourtant simple pour Rocky, Alex et Money. Rêvant de fuir la ville morte de Detroit, les trois jeunes cambriolent de riches maisons. Ils refusent d’être armés et de voler du cash, histoire de ne pas risquer une peine trop lourde… Mais là, c’est trop tentant. Pour leur dernier coup, ils décident de s’attaquer, dans un quartier déserté, à la maison d’un vétéran de la première guerre d’Irak, lors de laquelle il a perdu la vue. Suite à la mort de sa fille dans un accident de voiture, il aurait touché une somme à six chiffres en compensation de la part du riche chauffard. Le coup est en or ! Sauf que, même aveugle, le bonhomme sait se défendre !

Repéré par Sam Raimi grâce au court métrage "Panic Attack !", le jeune cinéaste uruguayen Fede Alvarez s’était vu confier le remake d’"Evil Dead" en 2013. Le revoici dans un nouveau slasher, à nouveau produit par Raimi et toujours avec la jeune Jane Levy en victime d’un bourreau sans pitié, campé ici par un très très méchant Stephen Lang ("Avatar"). Lequel fait appel à des ressources inattendues pour traquer ses cambrioleurs même s’il ne les voit pas.

"Don’t Breathe" prend en effet le parti pris plutôt original de renverser la situation. Pas question ici de faire de l’aveugle une victime (comme Audrey Hepburn dans "Seule dans la nuit" ou Mia Farrow dans "Terreur aveugle") mais au contraire un chasseur. Très efficace malgré un côté répétitif, le procédé fonctionne à merveille grâce à la mise en scène sèche d’Alvarez.

La seconde marque de fabrique de cette série B horrifique bien pensée, c’est de renouer avec l’esprit des maîtres des Seventies, avec un vrai fond politique et social. "Don’t Breathe" met en effet en scène des victimes de l’Amérique en faillite luttant les unes contre les autres dans un combat à mort autour d’un tas de dollars. Dommage, d’ailleurs, que le scénario fasse une diversion inutile, le méchant aveugle cachant qui plus est dans sa cave un secret inavouable… Tandis que l’on s’étonne d’un ton finalement plutôt conservateur, là où, justement, le cinéma horrifique des années 70 se montrait très libéral dans sa dissection de la société américaine.


"Don't Breathe" : Terreur aveugle
©IPM

Réalisation : Fede Alvarez. Scénario : Fede Alvarez et Rodo Sayagues. Musique : Roque Baños. Avec Stephen Lang, Jane Levy, Dylan Minnette… 1h28.