"Le ciel attendra" : Radicalisation à l’œuvre

Une vision didactique de l’embrigadement des ados par les intégristes musulmans.

Hubert Heyrendt

Une vision didactique de l’embrigadement des ados par les intégristes musulmans.

Beaux cheveux roux, sourire doux, Mélanie (Naomi Amarger) est une jeune fille rêveuse. Violoncelliste, idéaliste, elle est ravagée par la mort de sa grand-mère. Contactée sur Facebook par un certain Medhi, elle se confie à lui. Il la réconforte, lui dit que lui aussi à perdu un être cher, son petit frère, dans un accident de scooter… Il lui envoie le lien d’une vidéo qui l’a beaucoup aidé. Sur celle-ci, de superbes images de lions chassant dans la savane, de lionceaux jouant avec leur mère… Des images de liberté sur fond de musique orientalisante. Elle a mis la main dans un engrenage qui va la mener à la radicalisation, alors qu’elle pense simplement tomber amoureuse…

Arrêtée à l’aéroport avant de s’envoler pour la Turquie puis la Syrie, Sonia (Noémie Merlant) est, elle, autorisée à être gardée à la maison par ses parents (Sandrine Bonnaire et Zinedine Soualem). Une cohabitation difficile débute, couplée à une thérapie de déradicalisation… Où la mère oscille entre incompréhension et impuissance face au délire de sa fille. Ne lui reste qu’une seule arme : l’amour…

Depuis ses débuts avec "Ma première fois" en 2012, Marie-Castille Mention-Schaar a toujours traité des questions de société. Que ce soit la fermeture de la maternité de Carhaix, en Bretagne, dans "Bowling" ou l’enseignement de la Shoah dans "Les héritiers" en 2014. Et ici encore, la frontière entre cinéma et réel est volontairement floue. La cinéaste s’est en effet inspiré du travail du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam, créé par Dounia Bouzar, qui joue d’ailleurs ici son propre rôle. Le procédé est à double tranchant. Ce qu’il gagne en véracité, "Le ciel attendra" le perd en puissance cinématographique.

Comme Rachid Bouchareb dans "La route d’Istanbul", la cinéaste ne s’intéresse qu’à une seule forme de radicalisation, celle des jeunes filles qui se convertissent à l’islam via les réseaux sociaux, pour trouver une forme d’idéal, aussi dévoyé fût-il. Pourtant, malgré son côté film "Dossiers de l’écran", "Le ciel attendra" n’en reste pas moins intéressant pour tenter de comprendre ce qui pousse des jeunes à couper tout lien avec la société et leur famille pour se jeter dans les bras d’une idéologie meurtrière. Ce qui intéresse Mention-Schaar, c’est de décrire précisément les mécanismes complexes de la radicalisation, le discours employé par les recruteurs pour toucher la corde sensible chez des ados fragiles, en quête de sens dans un monde réduit au matérialisme. Ce qui rapproche peut-être plus l’islamisme radical d’une secte que d’une religion…

En plein dans l’actualité, le sujet transcende un film un peu trop didactique. On aurait en effet aimé une prise de risques plus grande dans la mise en scène mais aussi dans le traitement du sujet, qui reste un peu lisse…


"Le ciel attendra" : Radicalisation à l’œuvre
©IPM

Réalisation & production : Marie-Castille Mention-Schaar. Scénario : Marie-Castille Mention-Schaar & Emilie Frèche. Avec Sandrine Bonnaire, Noémie Merlant, Naomi Amarger, Clotilde Courau… 1h44