"Tour de France" : Rencontre entre un jeune rappeur des cités (Sadek) et un vieux prolo réac (Gérard Depardieu)

Alain Lorfèvre

De Rachid Djaïdani, on se souvient de "Rengaine", révélé à la même Quinzaine des Réalisateurs, à Cannes, en 2012. Un film fauché tourné "à l’arraché", dont les imperfections étaient compensées par un style de l’urgence. Revoici le réalisateur avec un road movie a priori convenu sur le papier : la rencontre entre un jeune rappeur des cités, Far-Hook (le rappeur Sadek), et un vieux prolo réac, Serge (Gérard Depardieu). Une mise au vert s’impose au premier, en délicatesse avec un rival porté sur les flingues. Le second, père du manager de Far-Hook, a besoin d’un chauffeur pour partir peindre sur les traces de Vernet, naturaliste du XVIIIe siècle.

On pressent la rythmique de la rencontre entre les deux compagnons de route forcés que tout oppose : l’âge, la culture, le langage, la "bouffe"… Jusqu’à cette vérité assénée à Serge : "Tu es raciste parce que t’es comme nous, en fait, un exclu, un looser." CQFD.

Histoire d’unir les publics dans la salle, Rachid Djaïdani a réussi le coup de poker : Far-Hook est incarné par Sadek, prince du flow urbain français; Serge a la carcasse et les gueulantes de Gégé. Autant dire que l’un et l’autre sont crédibles. Petit hic : au contraire des intentions évidentes de Rachid Djaïdani, Sadek peine à dégrossir son personnage - heureusement, il assure dans les parties chantées. Son aîné, au contraire, démontre qu’il a encore un peu de jus d’acteur sous les saillies téléphonées.

"Tour de France" est destiné à rappeler cette difficile vérité : Far-Hook est aussi français que Serge, qu’on le veuille ou non. La preuve : il connaît même Serge Lama, idole du second. Et son vocabulaire est plus étendu. Hélas, ça vire à la démonstration, quand bien même certaines scènes sont savoureuses.

La belle idée du film, c’est la confrontation entre les huiles de Vernet et Serge et les images brutes filmées sur son téléphone portable par Far-Hook - qui portent évidemment la patte du réalisateur. L’art d’hier et d’aujourd’hui, la France séculaire et celle d’aujourd’hui. C’est dans ces interstices-là que la sincérité du propos du réalisateur se déploie et confère à son Tour de France de charmantes et sympathiques sorties de route, qui justifient son tout récent prix du public au Festival Cinéma Méditerranéen de Bruxelles.


"Tour de France" : Rencontre entre un jeune rappeur des cités (Sadek) et un vieux prolo réac (Gérard Depardieu)
©IPM

Réalisation et scénario : Rachid Djaïdani. Avec Sadek, Gérard Depardieu… 1h35