"Dalida" : Un portrait au ras du cliché

Fernand Denis

Selon Liza Azuelos, Dalida ressemblait à ses chansons. Une, ça va. Deux, ça va. Trois…

Avant de lancer le 45 lignes, il faut avouer le peu d’intérêt pour la chanteuse. Mais peut-être le film de Liza Azuelos explique-t-il le mystère de son succès, sa transformation en icône gay ?

Pour la réalisatrice de "Comme t’y es belle", même si Dalida est une interprète qui n’écrit pas, qui ne compose pas, elle ressemble à ses chansons. Ne dit-elle pas à un gourou auprès duquel elle cherche un sens à sa vie en Inde : "Quand je chante, je deviens la chanson."

Pour connaître sa vie, il suffit d’appuyer sur les touches du juke-box de sa vie. Lancer son premier tube "Bambino". Et puis, enchaîner les titres jusqu’à la fin de sa carrière, quand elle ne croit plus à l’amour car ce ne sont que "Paroles, paroles, paroles". On passe ainsi par tous ses états d’âme, tous les sentiments dont la passion pour un garçon deux fois plus jeune qu’elle : "Il venait d’avoir 18 ans."

Alors une chanson de Dalida, ça va. Deux chansons, ça va. Trois chansons… Et pourtant, elle a vendu des dizaines de millions de disques.

Comment la réalisatrice explique-t-elle son succès ?

Primo, sa personnalité. Dalida est une héroïne de romans Harlequin. Elle est belle, sa réussite est instantanée, mais ce qu’elle veut, c’est un mari qui lui fait un enfant et à qui elle prépare des petits plats. En somme, elle voudrait la vie de ceux et celles qui écoutent ses disques. Pourquoi ? Car sa vie est une tragédie. Lucien Môrice, patron d’Europe1, est fracassé par sa beauté quand il la découvre lors d’un radio-crochet à l’Olympia. C’est le premier d’une série d’hommes qui vont, pour la plupart, se suicider. Qu’est-ce qu’elle leur fait ? Qu’est-ce qu’elle ne leur fait pas ? Aucun n’est capable de lui donner assez d’amour, semble-t-il.

Deuzio, son talent musical qui doit pas mal à sa faculté d’adaptation. Dalida change de style musical comme d’amant, elle ira de la ritournelle italienne un peu cra-cra jusqu’au disco. Si elle vivait encore, elle ferait du hip-hop ou du Céline Dion.

Tertio, il y a cette pointe d’accent italien qui gorgeait ses mots d’une saveur particulière. Comme Petula Clark dans un autre genre.

Star malheureuse perpétuellement à la recherche de l’âme sœur, elle ne peut trouver un havre de paix auprès de sa famille qui profite d’elle. Son frère n’est pas le manager de la situation.

Azuelos brosse de Dalida un portrait au ras du cliché, une hagiographie à la "Paris Match" qui, comme ses chansons, tourne en rond. Sveva Alviti possède une ressemblance physique, il ne lui manque que l’essentiel, le magnétisme que Dalida exerçait sur son public. Les quelques minutes de l’authentique Dalida intégrées au récit s’avèrent cruelles.


"Dalida" : Un portrait au ras du cliché
©IPM

Réalisation, scénario : Lisa Azuelos. Avec Sveva Alviti, Riccardo Scamarcio, Jean-Paul Rouve… 2h 04