"The Happiest Day in the Life of Olli Mäki" : Rocky au pays de Kaurismäki

Alain Lorfèvre

L’heure de gloire oubliée d’un boxeur finlandais, sur mode tragi-comique.

Présenté en section Un Certain Regard, à Cannes, en mai dernier, "The Happiest Day in the Life of Olli Mäki" est une inattendue comédie dramatique de boxe finlandaise. Un mini-biopic, aussi, puisque Olli Mäki est une authentique figure de l’histoire pugiliste locale, qui eut sa brève heure de gloire au début des années 1960.

Devenu champion d’Europe des poids super-légers, Olli (Jarkko Lahti) se vit refuser le droit de participer aux Jeux olympiques de 1960, n’ayant pas atteint le poids requis de sa catégorie. Sa nouvelle chance se présenta sous la forme d’un "coup" monté par son entraîneur : organiser à Helsinki un combat contre le champion du monde en titre des poids plumes, l’Américain Davey Moore (John Bosco Jr.). Véritable événement national, les préparatifs de la rencontre placèrent le jeune boxeur sous les feux des projecteurs. Une équipe de cinéma mit en scène son entraînement, les conférences de presse se succédèrent et la pression alla d’autant plus croissant qu’Olli entamait une idylle avec Raija (Oona Airola).

Pour son premier long métrage, le réalisateur Juho Kuosmanen adopte le noir et blanc et le style du cinéma-vérité - tous deux formellement raccords avec l’époque dépeinte. Le réalisateur ne manque pas d’humour au second degré ni de recul, exposant autant la dimension absurde de certaines situations comme si c’étaient moins les ambitions de Mäki que celles de son entraîneur et de ses riches sponsors qui étaient en jeu. Les Finlandais partagent manifestement avec les Belges un certain sens de l’autodérision modeste. Kuosmanen est un cousin balte de Bouli Lanners ou de Benoît Mariage.

Le style, le ton, les ambiances de l’histoire d’Olli Mäki riment, parfois - est-ce une surprise ? - avec Aki Kaurismäki. Mais le fil du récit résonne d’autres échos, a priori plus inattendus : Mäki, c’est aussi un peu Rocky, toute première époque - le premier film signé par John G. Avildsen. L’histoire d’un tricard de la boxe à qui on offre une mirifique seconde chance et qui se retrouve au milieu d’un cirque médiatico-financier alors que lui ne rêve que d’une vie tranquille avec sa belle.

La version officielle veut que Sylvester Stallone écrivit le scénario de "Rocky" (1976) après avoir vu le combat entre Mohamed Ali et Chuck Wepner, boxeur blanc sur le retour. Au vu de la singulière similitude entre les deux destins, on peut se demander si Stallone ne connaissait pas aussi l’histoire du match entre Mäki et Moore.

Quant à savoir ce qui fut "le plus beau jour de la vie d’Olli Mäki", la réponse tient dans la dernière scène, lorsque les vrais Olli et Raija, aujourd’hui octogénaires, croisent leurs jeunes interprètes qui s’interrogent sur leur avenir. Joli clin d’œil et belle leçon pour un film humble mais gratifiant sur un oublié du noble art.


"The Happiest Day in the Life of Olli Mäki" : Rocky au pays de Kaurismäki
©IPM

Réalisation : Juho Kuosmanen. Avec Jarkko Lahti, Oona Airola, Eero Milonoff, Joanna Haartti… 1h33