"Live by Night" : Ben by Affleck

Fernand Denis

Quand Ben Affleck prend la caméra pour un miroir... Au temps de la prohibition

Joe Coughlin est entré dans 1917 comme un soldat envoyé se battre en France. Il en est revenu en 1918 comme un hors-la-loi, révolté par les ordres stupides des officiers idiots croisés sur "les sentiers de la gloire".

De retour à Boston, il a donc mis son expérience des armes à son service. Une petite banque par-ci, une salle clandestine de jeu par-là. Mais toujours en indépendant, pas question de choisir son camp, ni celui des Italiens, ni celui des Irlandais. Hors-la-loi et hors-gang. Mais un jour, il a bien dû se décider. Cherchez la femme ! C’est ainsi que notre Joe s’est retrouvé à Tampa sous le généreux soleil de Floride, à organiser pour le compte d’un godfather le commerce du rhum en pleine prohibition

Ce Joe, Ben Affleck l’aime bien, il a l’étoffe d’un héros. Ce qui lui plaît surtout, c’est l’épaisseur du garçon, de ses muscles et puis surtout de ses contradictions. Certes, il dirige un réseau illégal de vente d’alcool. Certes, il est le patron de bars où la prostitution rapporte bien. Certes, il élimine sans état d’âme ses ennemis à deux balles (derrière la nuque). Certes, il veut construire un immense casino à front de mer… On peut continuer, certes, mais dans le fond, ce fils de policier reste un brave garçon. Il est un peu comme un administrateur chez Publifin, il sait que l’argent est sale mais il en donne aux bonnes œuvres. Et Joe, lui, arrose sans même se faire pincer. C’est son petit business qui finance les refuges que son épouse construit pour les femmes battues ou abandonnées du coin. Un brave type et courageux, en plus. Sa douce moitié n’est pas que philanthrope, elle est black aussi et Joe - un héros on vous le dit - assume et ne craint pas d’affronter le KKK.

Ben Affleck l’aime vraiment bien ce Joe et comme c’est lui qui réalise, il l’habille avec des beaux costumes sur mesure, l’emmène dans des cabriolets rutilants, lui met Zoe Saldana dans les bras, le fait parler comme un livre (celui de Dennis Lehane qu’il a adapté) , le sort toujours des pires situations (il a toujours un petit coup de théâtre sous la main, c’est pratique) . Il l’aime tellement qu’il lui a offert le meilleur acteur possible pour l’interpréter : Ben Affleck.

Il est bien le meilleur des meilleurs, d’ailleurs pas un seul partenaire ne songerait à lui faire de l’ombre (pourtant à Tampa !) . Pendant deux heures, on admire le travail et on entend la voix intérieure de Ben Affleck qui se dit : qu’est-ce que je suis bon tout de même !

Juste bon à assurer le service minimum, à raconter platement une histoire, à enchaîner les séquences, pendant que les spectateurs eux se disent : n’est pas Scorsese qui veut !


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© IPM

Réalisation, scénario : Ben Affleck d’après l’œuvre de Dennis Lehane. Avec Ben Affleck, Zoe Saldana, Elle Fanning, Cris Cooper… 2h 08