"Un sac de billes" : A hauteur d’enfants

P. L.

Le sac de billes du titre, c’est celui qu’un petit Français donne à un élève de sa classe en échange de son étoile juive en cette fin d’été 1944. Parce qu’il la trouve jolie, sans la moindre malice. Une scène absolument pas anecdotique, révélatrice du ton de l’adaptation du livre de Joseph Joffo par Christian Duguay. Tout y est abordé à regard d’enfant, avec ces déroutantes pointes de légèreté et d’insouciance.

Pour Jo, 9 ans, et son frère à peine plus âgé, l’exil forcé, rien qu’à deux, vers la zone de la France non-occupée par Allemands, s’assimile plus à la découverte précoce de la liberté qu’à une course contre la mort. Parce qu’ils ne comprennent pas tous les enjeux de cette fuite, le sacrifice incroyable consenti par leurs parents. Et parce que ce sont des enfants qui ont cette faculté inouïe d’adaptation et de voir la beauté de la vie.

Intelligemment, le contexte historique et la portée de cette longue escapade sont apportés par petite touche. Comme cette scène atroce qui voit son père (Patrick Bruel, impeccable) gifler violemment Jo plusieurs fois pour le préparer à la violence des interrogatoires nazis sans jamais révéler qu’il est juif ("Il vaut mieux prendre une claque qui fait mal que perdre la vie en ayant peur d’en prendre une"). Ou la provocation d’un ami (Kev Adams), à bout de nerf, qui reconnaît ses origines devant un nazi et se retrouve fusillé sur le champ.

S’il prend des libertés avec le roman autobiographique de Joseph Joffo, Christian Dugay (Jappeloup, Belle et Sébastien : l’aventure continue) le fait avant tout pour assurer le divertissement, ménager des moments de joie et d’émotion, mais aussi pour établir subtilement le lien avec la période actuelle.

Les aventures des deux petits garçons (épatants de naturel d’un bout à l’autre de leurs galères) renvoient sans cesse à la montée de l’intolérance, des nationalismes, du repli sur soi et de la recherche de boucs émissaires. C’est donc à montrer à ses enfants, pour ouvrir le débat.


"Un sac de billes" : A hauteur d’enfants
©IPM

Réalisation : Christian Duguay. Avec Dorian Le Clech, Batyste Fleurial, Patrick Bruel, Kev Adams… 1 h 50.