L'acteur britannique John Hurt, visage d'Elephant Man, est mort (FILMOGRAPHIE)

Le comédien anglais est mort vendredi à Londres à l’âge de 77 ans.

Hubert Heyrendt
L'acteur britannique John Hurt, visage d'Elephant Man, est mort (FILMOGRAPHIE)
©AP

Le comédien anglais est mort vendredi à Londres à l’âge de 77 ans.

Mercredi, sort « Jackie » de Pablo Larrain. Dans cette passionnante évocation des jours qui ont suivi la mort de JFK, John Hurt incarne le père Richard McSorley. Face à Natalie Portman, brillante Jackie Kennedy, l’acteur anglais s’efface complètement derrière son personnage. Une prestation qui résume la philosophie d’un véritable « character actor », comme disent les Anglo-Saxons. Un acteur de composition qui a rarement connu les premiers rôles mais qui a pourtant marqué l’imaginaire du 7e Art.

En 55 ans de carrière, le comédien est apparu au générique de plus de 200 productions, au cinéma, comme en télévision — on a par exemple pu le voir récemment dans la série mythique de la BBC « Dr Who ». L'acteur britannique est décédé vendredi à Londres à l’âge de 77 ans des suites d’un cancer du pancréas pour lequel il était traité depuis 2 ans, a annoncé samedi matin son agent Charles McDonald. Jusqu’à son dernier souffle, il aura continué à tourner et tourner encore. Cette année, on le retrouvera ainsi à l’affiche de quatre films. Dont « Darkest Hour » de Joe Wright, toujours en tournage et dans lequel il incarne le Premier ministre britannique Neville Chamberlain face à son comparse Gary Oldman en Winston Churchill…

Interdit de cinéma

Né en 1940 dans le centre de l’Angleterre, John Hurt a grandi dans un environnement strict, avec un père vicaire anglican. Le goût de la comédie lui vient sans doute de sa mère, comédienne amateur qui lui interdit néanmoins le cinéma, qu’elle juge « trop commun ». S’il découvre le théâtre à l’école — son premier rôle fut celui d’une petite fille dans « L'Oiseau bleu » du Belge Maurice Maeterlinck —, c’est d’abord vers la peinture que se tourne le jeune homme. Ce qui l’amène à Londres comme prof de dessin.

Diplômé de la Royal Academy of Dramatic Art en 1962, Hurt fait ses débuts à la télévision et multiplie rapidement les apparitions au grand écran, tournant pour de grands réalisateurs comme John Huston, Richard Fleischer ou Jacques Demy. Mais il galère pendant plus de 15 ans avant d’enfin marquer les esprits en 1978. Son second rôle de détenu héroïnomane dans une prison turque dans « Midnight Express » d’Alan Parker lui vaut un Golden Globe et un Bafta, mais aussi une nomination à l’oscar.

Acteur de genre

Le tournant des années 80 est une période faste pour John Hurt. En 1979, Ridley Scott en fait la première victime de son « Alien », dont les entrailles s’ouvrent pour laisser sortir la légendaire créature… Tandis qu’il décroche enfin son premier grand rôle en interprétant John Merrick dans « Elephant Man » de David Lynch. Méconnaissable derrière les prothèses, il se révèle pourtant déchirant et décroche une nouvelle nomination à l’oscar, du meilleur acteur cette fois.

Hurt promène alors sa gueule parcheminée et ses cheveux hirsutes dans quantité de films aux registres très différents, du grand western lyrique (« La Porte du paradis » de Michael Cimino) à la comédie parodique (« La Folle Histoire du monde » de Mel Brooks), en passant par le thriller. Comme « Scandal » de Michael Caton-Jones en 1989, avec qui il tournera à nouveau dans « Rob Roy » et « Shooting Dogs ».

Multipliant les seconds rôles, souvent dans des films de genre, John Hurt bosse avec Roger Corman, John Boorman, Raoul Ruiz ou Gus Van Sant. Il développe une relation de confiance avec l’Américain Jim Jarmusch (qui l’emploie à trois reprises à partir de « Dead Man ») mais aussi avec Lars Von Trier, avec qui il tourne « Dogville », « Manderlay » et « Melancholia ». Fidèle en travail comme en amitié, Hurt continuera de défendre bec et ongle le Danois, même après le scandale provoqué par le cinéaste à Cannes par ses propos maladroits, jugés antisémites par certains.

Une figure d’Hollywood

A l’aise dans le cinéma d’auteur le plus exigeant, John Hurt l’était tout autant dans les grosses productions hollywoodiennes. Les plus jeunes se souviendront sans doute de lui en Mr Ollivander, propriétaire d’une boutique de magie dans « Harry Potter ». Tandis qu’on la vu dans des blockbusters comme « Hellboy », « V pour Vendetta », « Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal » de Spielberg ou récemment dans « Tarzan ».

Anobli par la reine Elizabeth II fin 2014, John Hurt sera, tout sa vie, resté fidèle à son modèle: Alec Guinness dans « Oliver Twist ». Il avait été frappé de voir, pour la première fois au cinéma, un acteur qui, comme au théâtre, « se mettait au service d’un rôle et non l’inverse »





"Je n'ai jamais eu l'ambition de devenir une star. Ce mot m'embarrasse..."

John Hurt



Filmographie sélective

  • 1962 : « The Wild and the Willing » de Ralph Thomas: sa première apparition au cinéma
  • 1966 : « Un homme pour l’éternité » de Fred Zinnemann
  • 1969 : « Davey des grands chemins » de John Huston
  • 1971 : « L'Étrangleur de la place Rillington » de Richard Fleischer
  • 1972 : « Le Joueur de flûte » de Jacques Demy
  • 1978 : « Le cri du sorcier » de Jerzy Skolimowski
  • 1978 : « Midnight Express » d’Alan Parker
    Golden Globes et Bafta du meilleur second rôle + nomination à l’oscar
  • 1979 : « Alien » de Ridley Scott
    Nomination au Bafta du meilleur second rôle
  • 1980 : « Elephant Man » de David Lynch
    Nomination au Golden Globe et à l’oscar du meilleur acteur
  • 1980 : « La Porte du paradis » de Michael Cimino
  • 1981 : « La Folle Histoire du monde » de Mel Brooks
  • 1983 : « Osterman week-end » de Sam Peckinpah
  • 1983 : « Le Roi Lear » (téléfilm)
  • 1984 : « Le succès à tout prix » de Jerzy Skolimowski
  • 1984 : « The Hit » de Stephen Frears
  • 1985 : « Taram et le Chaudron magique » de Ted Berman et Richard Rich (voix)
  • 1987 : « La folle histoire de l’espace » de Mel Brooks
  • 1989 : « Scandal » de Michael Caton-Jones
  • 1990 : « La résurrection de Frankenstein » de Roger Corman
  • 1991 : « I Dreamt I Woke Up » de John Boorman
  • 1992 : « L'Œil qui ment » de Raoul Ruiz
  • 1992 : « Six personnages en quête d’auteur » (téléfilm)
  • 1993 : « Even Cowgirls Get the Blues » de Gus Van Sant
  • 1995 : « Rob Roy » de Michael Caton-Jones
  • 1995 : « Dead Man » de Jim Jarmusch
  • 1997 : « Contact » de Robert Zemeckis
  • 2000 : « Les Âmes perdues » de Janusz Kamiński
  • 2001 : « Capitaine Corelli » de John Madden
  • 2001 : « Harry Potter à l'école des sorciers » de Chris Columbus
  • 2003 : « Dogville » de Lars von Trier
  • 2004 : « Hellboy » de Guillermo del Toro
  • 2005 : « The Proposition » de John Hillcoat
  • 2005 : « Shooting Dogs » de Michael Caton-Jones
  • 2005 : « Manderlay » de Lars von Trier (voix)
  • 2006 : « V pour Vendetta » de James McTeigue
  • 2006 : « Le Parfum, histoire d'un meurtrier » de Tom Tykwer
  • 2007 : « Boxes » de Jane Birkin
  • 2008 : « Crimes à Oxford » d’Álex de la Iglesia
  • 2008 : « Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal » de Steven Spielberg
  • 2008-2012: « Merlin » (série, voix)
  • 2009: « An Englishman in New York » de Richard Laxton
    Nomination au Bafta
  • 2009 : « The Limits of Control » de Jim Jarmusch
  • 2010 : « Harry Potter et les Reliques de la Mort » de David Yates
  • 2011 : « Melancholia » de Lars von Trier
  • 2011 : « Les Immortels » de Tarsem Singh
  • 2012 : « La Taupe » de Tomas Alfredson
  • 2013 : « Le Transperceneige » de Bong Joon-ho
  • 2013: « Only Lovers Left Alive » de Jim Jarmusch
  • 2013: « Dr Who » (série)
  • 2016 : « Tarzan » de David Yates
  • 2016 : « Jackie » de Pablo Larraín
  • 2017 : « Darkest Hour » de Joe Wright