"American Honey" : film rectiligne qui tourne en rond

Fernand Denis

Andrea Arnold est une enfant de Cannes et des Dardenne. Elle fut révélée en compétition dès son premier film "Red Road", confirmée avec "Fish Tank". Son style a adopté la grammaire des réalisateurs de "Rosetta" en le soulignant d’une touche plastique plus appuyée.

C’est aux Etats-Unis, au Kansas, qu’on retrouve cette Britannique, dans une benne à ordure où une adolescente vient de trouver un poulet qu’elle balance à deux enfants. Drame de la pauvreté ? Matérielle peut-être pas, le frigo est plein à la maison, même si ce sont surtout des bières. Quant à la viande, c’était pour les chiens. Misère morale alors, celle des enfants laissés à l’abandon, ou pire.

Quand, sur le parking géant du Wallmart, un jeune homme amusant lui propose de rejoindre son équipe de vendeurs de magazines, Star, l’adolescente qui fouillait la benne à ordure, le suit, sans regarder derrière elle.

Elle rejoint ainsi une dizaine d’ados qui font du porte-à-porte. L’équipe est pilotée d’une main de fer par une bimbo qui a imposé des règles et du rendement. Une vraie petite entreprise au management "djeun" et brutal. On chante des chansons pour se booster mais celui qui fait le plus petit chiffre d’affaires de la journée se fait taper dessus. Chaque semaine a lieu la soirée des losers où les deux pires vendeurs sont obligés de se fighter l’un contre l’autre. Tout cela n’altère pas l’ambiance du groupe, qui traverse ainsi les Etats américains dans un gros van en écoutant du hip-hop ou du R’n’B à donf et en se tronchant le soir.

Andrea Arnold tient un sujet authentique aux possibilités multiples qui vont d’un "Sur la route" revu par un Larry Clark moins racoleur à "Oliver Twist" en version XXIe siècle, en passant par un scanner de la société américaine et un portrait de sa jeunesse sans attaches. Mais comme dans ses films précédents, une fois le décor planté de façon éblouissante, la réalisatrice se concentre sur son interprète principale, qu’elle filme ici comme une abeille rebelle piégée dans un verre. En effet, Star se tient en marge du groupe car elle est amoureuse du meilleur vendeur - qui aussi l’amant de la boss - et puis sa technique de vente est plus "amicale" et solitaire.

Andrea Arnold n’a pas inventé la quadrature du cercle mais elle vient de réussir le film rectiligne qui tourne en rond. Pendant 2h42 de caméra à l’épaule, Robbie Ryan capte ici ou là des plans sublimes mais saoule le spectateur sur la longueur. Lancé en cruise control, "Americain Honey" traverse le paysage monotone des villes interchangeables, sans guère porter d’attention aux infortunés collègues de Star, sans amorcer un embryon de dramaturgie, sans l’assistance d’un monteur, sans fin…


"American Honey" : film rectiligne qui tourne en rond
©IPM

Réalisation, scénario : Andrea Arnold. Avec Sasha Lane, Shia LaBeouf… 2h42