"The Founder" : Ode à l’inventeur de la malbouffe

Hubert Heyrendt

Comment Ray Kroc vola l’idée du fast-food aux frères McDonald…

Sur le temps que dure "The Founder", McDonald’s aura vendu quelque 558 000 hamburgers à travers le monde. Avec près de 2 milliards de hamburgers vendus chaque année, on estime que la chaîne de fast-food américaine nourrit 1 % de la population mondiale. Face à ce constat, deux angles sont envisageables… On peut y voir le symbole absolu de la malbouffe, responsable de l’épidémie d’obésité qui touche les Etats-Unis et le monde occidental, ou le symbole de la réussite américaine… C’est cette seconde option qu’a choisie John Lee Hancock…

Après avoir conté la relation entre Walt Disney et l’auteure de Mary Poppins dans "Saving Mr Banks", le cinéaste hollywoodien s’attache à une autre figure du "rêve" américain : Ray Kroc. Dans un biopic qui retrace, sans aucun recul, comment cet homme d’affaires de l’Illinois a lancé en 1954 le premier empire de la restauration rapide.

Est-ce le charisme de Michael Keaton ? "The Founder" rend presque sympathique celui qui a construit son immense fortune sur… un vol. Car Ray Kroc n’est pas l’inventeur du "McDonald’s". Comme Steve Jobs a été le cerveau qui a su vendre le premier ordinateur Apple imaginé par son complice Steve Wozniak, Kroc a franchisé (avant de s’en emparer) l’idée du "Speedy Service System", imaginé par les frères McDonald’s dans leur drive-in de San Bernardino, Californie.

Le film est plutôt bien fichu, la mise en scène efficace et Keaton très à l’aise en salaud sans scrupule. Mais on frôle quand même l’indigestion face à "The Founder". Car John Lee Hancock ne peut se départir de sa fascination pour ce self-made-man qui, par sa persévérance, est arrivé à ses fins. Bref, Kroc est un requin, certes, mais un parfait représentant du capitalisme américaine triomphant.

Plus grave, jamais le film ne réfléchit aux conséquences de sa sidérante réussite commerciale en termes de santé publique. Un carton final va même jusqu’à glorifier McDo qui, depuis ce qui est montré dans le film, a supprimé les milk-shake en poudre pour revenir au vrai lait. Vous reprendrez bien un deuxième BigMac (500 calories sans les frites et sans le soda…) ?


"The Founder" : Ode à l’inventeur de la malbouffe
©IPM

Réalisation : John Lee Hancock. Scénario : Robert D. Siegel. Musique : Carter Burwell. Avec Michael Keaton, John Carroll Lynch, Laura Dern, Patrick Wilson… 1 h 55.