"Split": Thriller de science-fiction glaçant

Hubert Heyrendt

Night M. Shyamalan est l’un des cinéastes hollywoodiens les plus déroutants. En 1999, le carton international de son thriller génialement manipulateur "Le sixième sens" lui ouvre grand les portes d’Hollywood. L’année suivante, il retrouve Bruce Willis pour "Incassable", film de super-héros inclassable, qui en rejette tous les codes classiques pour transposer la mythologie dans un univers réaliste… Prenant un peu le melon, le jeune réalisateur signe dans la foulée une série de thrillers pompeux et ampoulés : "Signs", "The Village", "Lady in the Water"… Tous marqués par la "touche Shyamalan", soit un incroyable twist final qui permet de relire tout le film a posteriori.

Alors qu’on le croyait définitivement perdu pour la cause après l’échec de "The Last Airbender" et surtout le ridicule "After Earth", Shyamalan épatait à nouveau l’année dernière avec "The Visit", petite comédie fantastique aussi efficace que politiquement incorrecte, réalisée avec trois francs-six sous et sans la moindre star. Avec "Split", Shyamalan réussit l’improbable grand écart entre sa liberté retrouvée - cela se sent dans les thèmes très sombres abordés - et la puissance narrative du cinéma de ses débuts… "Split", Shyamalan jure d’ailleurs l’avoir en tête depuis plus de 15 ans. Ce que l’on croit volontiers tant celui-ci s’inscrit dans la meilleure veine de son auteur, qui vient d’annoncer que son prochain film serait "Incassable 2".

"Split" s’ouvre de façon glaçante par l’enlèvement de trois jeunes filles par un homme maladivement méticuleux. Enfermées dans un sous-sol lugubre de Philadelphie, les gamines comprennent rapidement que leur ravisseur n’est pas seul. Dans sa tête en tout cas… Il est en effet atteint du trouble de la personnalité multiple. Qu’importe que les psychologues ne s’accordent pas tous sur l’existence réelle de ce trouble mental à ne pas confondre avec la schizophrénie, son efficacité dramatique n’est plus à prouver au cinéma. Et Shyamalan en titre un incroyable potentiel ! Tout comme James McAvoy, tout simplement incroyable quand il s’agit de sauter d’un petit garçon maladroit de 9 ans à un créateur de mode homosexuel, d’une femme sévère à un dangereux psychopathe adepte d’une propreté absolue et qui aime un peu trop voir danser les jeunes filles nues…

Si "Split" est une vraie réussite, c’est aussi grâce à l’extrême rigueur de la mise en scène de Shyamalan, dont la maîtrise imprime chaque plan, pour créer l’angoisse chez le spectateur sans jamais avoir besoin d’utiliser le moindre "truc" ou de faire appel à une avalanche d’effets spéciaux, réduits ici au strict nécessaire.

Se jouant des peurs d’une Amérique schizophrène en pleine crise de doute et dénonçant au passage la psychologisation à outrance de la société, "Split" est un film de genre intelligent comme n’ose en produire que trop rarement Hollywood. Il va sans dire que la magie Shyamalan opère jusque dans le twist final époustouflant, qui va rendre dingue ses fans. Et qui ouvre d’intéressantes perspectives dans la filmographie du cinéaste américain…


"Split": Thriller de science-fiction glaçant
©IPM

Scénario & réalisation : M. Night Shyamalan. Photographie : Mike Gioulakis. Musique : West Dylan Thordson. Avec James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley, Haley Lu Richardson, Jessica Sula… 1 h 57.