"20th Century Women" : Comédie raffinée sur la nostalgie de l’Amérique

Hubert Heyrendt

Un magnifique portrait de femmes signé Mike Mills, avec Annette Bening, Greta Gerwig et Elle Fanning.

Santa Barbara, 1979. Dorothea (Annette Bening), 55 ans, élève seule son fils de 15 ans, Jamie, depuis que le père est retourné vivre sur la Côte Est. Propriétaire d’une vieille maison en travaux, elle sous-loue une chambre à William, mécano adepte de méditation (Billy Crudup), et à Abbie, jeune photographe pleine d’ambition artistique (Greta Gerwig). A la maison, c’est souvent l’auberge espagnole ; tous les amis sont les bienvenus. Dont Julie (Elle Fanning), jeune fille volage de 17 ans qui vient souvent finir ses nuits, en tout bien tout honneur, dans le lit du gamin, amoureux transi… Se sentant un peu vieillie, dépassée par la marche du monde, Dorothea demande de l’aide à Abbie et Julie pour éduquer son fils, pour l’aider à devenir quelqu’un de bien…

Ah ! Qu’il est beau le cinéma indépendant américain quand il parvient à toucher au plus juste, en évoquant des sujets profonds sans avoir l’air d’y toucher… Mike Mills signe non seulement un très beau portrait de trois femmes de générations différentes, vues à travers les yeux d’un jeune adolescent. Le cinéaste livre aussi un magnifique portrait de la Californie de la fin des années 70 dans laquelle il a lui-même grandi. En 1979, comme son héros, Mike Mills avait en effet 14 ans…

Découvert avec "Thumbsucker" en 2005, revu avec "Beginners" en 2010, deux films où il était déjà question du rapport à la mère et au père, le cinéaste californien accouche ici de son étude la plus réussie de la société américaine. "20th Century Women" est en effet une comédie dramatique raffinée, intelligente et bien écrite, littéraire et cultivée. Sans même parler de son casting féminin exemplaire. Chacune dans leur style, dans leur génération, Annette Bening, Greta Gerwig et Elle Fanning sont magistrales, à la fois drôles et touchantes. Elles sont vraies.

Mais là où Mike Mills est le plus fort, c’est dans son évocation nostalgique d’une Amérique perdue, d’un monde disparu. La date de 1979 n’est pas choisie au hasard. Dans son film, les gamins écoutent encore les Talking Heads, lisent des manifestes féministes et sont pleins de rêves en l’avenir. Mais ce monde est déjà en train de disparaître. Un an plus tard, Ronald Reagan sera élu président et avec lui triompheront l’individualisme et le libéralisme, que portaient en creux les idéologies babas.

Parmi les nombreuses citations de "20th Century Women", on trouve ainsi le magnifique discours sur la "crise de confiance" de Jimmy Carter du 15 juillet 1979. Le président sait déjà qu’il a perdu et met en garde ses chers concitoyens contre le danger de cette "fausse liberté nommée individualisme". La scène a bien entendu été tournée avant l’élection de Donald Trump, mais aujourd’hui, elle résonne d’autant plus puissamment. Comme si, avec "20th Century Women", Mike Mills voulait rendre l’Amérique belle à nouveau, lui redonner confiance en elle et en toutes ces valeurs de partage et d’écoute des sixties et seventies, qui ont disparu avec la libéralisation des esprits.


placeholder
© IPM

Scénario & réalisation : Mike Mills. Photographie : Sean Porter. Musique : Roger Neill. Montage : Leslie Jones. Avec Annette Bening, Greta Gerwig, Elle Fanning, Billy Crudup, Lucas Jade Zumann… 1h59.