"Un profil pour deux" : Cyrano, version 2.0

Fernand Denis

Quand Pierre Richard, désormais le grand blanc, sort de son isolement en découvrant Internet.

Il est sympa Alex, mais mou. Il vit chez sa copine, qui vit chez ses parents et il ne se bouge pas trop pour sortir de cette situation. Alors sa belle-mère se bouge pour lui, et un peu pour elle aussi, en l’imposant comme prof d’informatique à son père qui vit cloîtré dans son appartement et ses souvenirs depuis la mort de sa femme. Elle omet toutefois de le prévenir qu’Alex est le copain de sa petite-fille. C’est le premier d’une longue série de mensonges, véritable moteur même du récit : vont-ils pouvoir rattraper une situation qui s’embrouille chaque jour un peu plus ?

C’est qu’en deux clics, pépé s’est retrouvé sur un site de rencontres et a posté la photo d’Alex sur son profil. Une correspondance s’amorce avec une jeune femme, Flora, sensible à son style vintage, qu’elle trouve romantique et "sincère". Elle souhaite le rencontrer; il joue la montre mais finit par accepter. Comment faire ? Et de mettre Alex au parfum, de le convaincre de prendre sa place, de jouer son rôle. Pas évident de parler le mandarin, du jour au lendemain.

Dans le film, le job d’Alex est d’écrire des pitchs. C’est le problème de "Un profil pour deux", on en reste au pitch, à une variation 2.0 sur "Cyrano", une succession de situations comiques auxquelles il manque un regard pour donner de l’épaisseur. Dès lors, Stéphane Robelin livre un excellent téléfilm, emballé par son merveilleux interprète principal Pierre Richard, le grand blanc désormais. C’est beau de le voir se reconnecter aux sentiments, redevenir lunaire dans ce qui aurait pu devenir aussi une variation sur "Jules et Jim" au XXIe siècle.

Son avatar Alex est troublant, car il ressemble furieusement à quelqu’un qu’il connaît; mais qui ? Mais oui, à Jalil Lespert. Eh bien, c’est son frère, Yaniss Lespert - nous apprend le générique -, il est parfait en type qui manque de personnalité et peut donc enfiler celle d’un autre. Quant à la "fille" de Pierre Richard, elle fait preuve d’un bel abattage. Au-delà, malheureusement, les personnages sont juste esquissés et l’ambition du récit ne dépasse pas le puzzle où chaque pièce formatée finit par s’emboîter.

Spécialisé dans la comédie senior, Stéphane Robelin met en scène avec le désir de faire joli, de faire cinéma, avec une jolie lumière dans de beaux décors. A Paris, on montre la Tour Eiffel et l’exotisme de Belleville. A Bruxelles, c’est la Grand-Place et le tram 51.


"Un profil pour deux" : Cyrano, version 2.0
©IPM

Réalisation : Stéphane Robelin. Avec Pierre Richard, Fanny Valette, Yaniss Lespert.1h39.

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