"The Bleeder" : Un vrai plaisir de cinéphile

Hubert Heyrendt

Liev Schreiber convaincant en boxeur sur le retour, loser magnifique.En voix off, Chuck Wepner raconte son histoire. "Vous ne me connaissez pas. Ou plutôt si, vous me connaissez mais sans le savoir…" Boxeur de second rang du New Jersey, Chuck est surnommé le "Bayonne Bleeder", le "Sanguinolent". Un titre peu flatteur qui souligne sa capacité à encaisser les coups en restant debout sur le ring, quitte à saigner abondamment… Un beau jour de mars 1975, il connaîtra cependant son heure de gloire, combattant Mohamed Ali pour le titre de champion du monde poids lourds. Alors qu’on l’annonçait battu en trois rounds, il tint tête au champion jusqu’à 19 secondes de la fin du match. Un match qui a marqué Sylvester Stallone, qui s’en est inspiré pour créer son fameux Rocky Balboa…

Voilà Liev Schreiber là où on ne l’attendait pas a priori, dans l’univers de la boxe… Quoique. Le comédien new-yorkais avait en effet déjà joué aux côtés de Denzel Washington dans "Hurricane Carter" en 1999, tandis qu’il prêtait sa voix à l’un des commentateurs télé dans "Creed", le dernier épisode de la saga "Rocky" en 2015. Coproducteur et coscénariste de "The Bleeder", l’acteur s’offre un rôle de loser magnifique. Celui d’un homme qui rêva de gloire mais passa sa vie dans l’ombre de Mohamed Ali puis dans celle de Rocky…

A 49 ans, Schreiber donne de sa personne pour apparaître crédible, tant sur le ring qu’à côté, dans ses relations difficiles avec sa femme Phyliss (Elisabeth Moss) et avec son agent (Ron Perlman)…

Confié au Québécois Philippe Falardeau ("Congorama", "Monsieur Lazhar"), "The Bleeder" est un vrai plaisir de cinéphile, avec sa reconstitution chiadée des seventies, ses vraies "gueules" de cinéma… Ne cherchant pas à tout prix à rester fidèle au personnage réel, le film tient plus de la biographie fantasmée, assumant totalement sa dimension cinématographique. D’ailleurs, avant même la mention obligatoire "inspiré d’une histoire vraie", c’est une citation fictionnelle que l’on trouve: "Même si je ne gagne pas, j’aurai démontré que je suis là !" Citation de "Rocky" que Wepner affirme avoir lui-même prononcée à la veille de son combat contre Ali… Mise en abyme...

Mais si la figure de Rocky est omniprésente dans "The Bleeder", comme l’ombre portée sur le destin de perdant de Chuck Wepner, il est un autre boxeur de cinéma qui revient sans cesse, comme un parallèle tragique : Louis "Mountain" Rivera, campé par Anthony Quinn dans "Requiem pour un champion" en 1962.

En assumant cette dimension fictionnelle, "The Bleeder" parvient à se démarquer du simple biopic, pour proposer une jolie réflexion sur cette soif maladive de reconnaissance et de célébrité. Un sujet évidemment aussi universel qu’actuel.

"The Bleeder" : Un vrai plaisir de cinéphile
©IPM

Réalisation : Philippe Falardeau. Scénario : Jeff Feuerzeig, Jerry Stahl, Michael Cristofer&Liev Schreiber. Photographie : Nicolas Bolduc. Musique : Corey Allen Jackson. Montage : Richard Comeau. Avec Liev Schreiber, Elisabeth Moss, Naomi Watts, Ron Perlman, Michael Rapaport… 1 h 41.

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...