"La Fille de Brest" : A l’assaut du Mediator

Fernand Denis

"Erin Brockovich" en point de mire, Bercot transforme en thriller le combat d’une pneumologue contre un puissant laboratoire.

Le combat d’un citoyen contre une institution est une forme de thriller cher au cinéma américain. Dès lors, le combat d’une pneumologue bretonne contre le deuxième laboratoire pharmaceutique français n’est pas très original mais il vibre de cette veine haletante, courageuse, pugnace dont on fait les héros, les héroïnes en l’occurrence. Avec "The Insider" de Michael Mann et "Erin Brockovich" de Steven Sorderbergh comme modèles, Emmanuelle Bercot choisit la manière sobre, factuelle, chronologique; d’ailleurs, un calendrier défile à l’écran. Le défi consiste à insuffler une tension dans un dossier très technique autour du "Médiator", un coupe-faim des laboratoires Servier responsable de complications cardio-vasculaires mortelles.

Son atout, c’est la fille de Brest, ce médecin de province (même pas Lyon ou Bordeaux) qui ne doute de rien en s’attaquant à un puissant laboratoire médical. Celui-ci, véritable tank, ne doute pas qu’il va l’écraser comme un hérisson sur la route. Quant au spectateur, il connaît le bien-fondé de ce combat, l’affaire ayant fait régulièrement la Une des journaux français.

Pour incarner ce sacré tempérament haut en couleur, Emmanuelle Bercot a fait le choix d’une comédienne singulière, la Danoise Sidse Babett Knudsen (de la série "Borgen"). Ce n’est pas Julia Roberts, elle ne joue pas de la poitrine, mais plutôt de ce qui bat juste en dessous, son cœur. Elle dégage une formidable empathie pour ses patients dont elle prend la défense avec la fougue d’un chevalier sans peur et sans reproche. Incroyablement généreuse, sacrifiant sa vie de famille - ses quatre ou cinq enfants, on n’a pas le temps de les compter - à son combat. Elle sait aussi être agaçante tant elle fonce sans réfléchir, faisant payer à d’autres le prix ses élans.

C’est qu’au côté de cette héroïne sans peur, sans reproche, sans calcul, Emmanuelle Bercot met en scène un personnage plus complexe, nuancé, terne, au regard fuyant, dépassé par les événements : le Dr Le Bihan. Peu importe l’issue du conflit, ce directeur des recherches au CHU de Brest a compris que ce combat se terminerait par son C4 et un avenir professionnel condamné.

Benoît Magimel ne manque pas d’un certain courage en acceptant ce rôle peu flatteur de "couille molle", comme dit la fille de Brest. Déchiré entre son idéal et la réalité de sa profession, il assume, bedonnant, ce personnage qui n’a pas l’étoffe d’un héros, ni celle d’une victime, juste un dégât collatéral.

Au final, Emmanuel Bercot signe un thriller médical haletant qui, comme "La tête haute", interpelle les institutions, en l’occurrence le ménage à trois : laboratoires pharmaceutiques, autorités de contrôle et sphère académique.


"La Fille de Brest" : A l’assaut du Mediator
©IPM

Réalisation : Emmanuelle Bercot. Scénario : Séverine Bosschem, Emmanuelle Bercot d’après l’œuvre de Irène Frachon. Avec Sidse Babett Knudsen, Benoît Magimel, Isabelle De Hertogh. 2h08