"Pop Aye" : L’homme à l’éléphant

Hubert Heyrendt

La crise de la cinquantaine à la thaïlandaise, ça trompe énormément !

Architecte réputé d’une cinquantaine d’années, Thana n’a pas trop la forme… Il est invité à la télévision pour parler de l’un de ses plus grands projets, un immeuble emblématique de Bangkok construit il y a 30 ans et… sur le point d’être démoli. Comme le dit son jeune collègue, c’est dans la nature des choses : "Le neuf prend la place du vieux…" Ringardisé dans son bureau d’architectes, le bonhomme vit également une passe difficile avec sa femme. Mélancolique, il prend une bouffée de passé en plein visage en tombant nez à nez dans la rue avec un éléphant de cirque. Qu’il l’achète sur un coup de tête, persuadé que c’est Pop Aye, l’éléphant de son enfance, nommé ainsi en référence au célèbre marin mangeur d’épinards. Thana entreprend de ramener l’animal dans son village natal…

Premier long métrage de la Thaïlandaise Kirsten Tan, "Pop Aye" est un film attachant, qui joue du mystère pour expliquer cette première image forte : que peut bien faire un homme et un éléphant faisant du stop le long d’une route des faubourgs de Bangkok ? Et pour proposer, progressivement, une réflexion touchante sur le temps qui passe.

Malgré quelques longueurs et quelques maladresses inhérentes à un premier film, la beauté de "Pop Aye" tient évidemment dans son duo improbable entre un chouette acteur, Thaneth Warakulnukroh, et un pachyderme craquant (Bong de son petit nom), qui semble développer un réel attachement pour son nouveau propriétaire. A mesure que progresse le récit, la magie finit par opérer. Kristen Tan signe en effet un joli road-movie au ralenti, au rythme des pas lourds de Pop Aye. Un voyage à la fois intérieur pour le héros, tout en étant propice à de belles rencontres.

Car c’est bien à cela qu’invite à réfléchir la jeune cinéaste, à ralentir son existence, à s’éloigner de la modernité et de son rythme intrépide (symbolisés par la ville de Bangkok, capitale tentaculaire où fourmillent 14 millions d’habitants), pour renouer avec une vie plus en phase avec la nature. Cette nature que tente de retrouver le personnage principal en retournant sur les traces de son enfance. Pour autant, "Pop Aye" n’est pas la fable naïve que l’on croit découvrir au premier abord. Car le regard est plus distancié… Notamment dans sa très belle scène finale, qui ajoute une petite touche ironique bienvenue à cette quête de sens.


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© IPM

Scénario & réalisation : Kirsten Tan. Musique : Matthew James Kelly. Musique: Matthew James Kelly. Avec Thaneth Warakulnukroh, Penpak Sirikul, Bong… 1h44.