"Viceroy's House": L’Inde pour les Nuls

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Hubert Heyrendt

Une évocation indigne de la partition des Indes, racontée du point de vue anglais.

Aïe ! Ça fait mal… Comment, en tant que petite-fille d’Indienne, peut-on livrer une évocation aussi lamentable de la partition des Indes britanniques qui, le 15 août 1947, donna naissance à l’Inde et au Pakistan et provoqua l’un des plus grands déplacements de populations de l’histoire (avec pas moins de 12,5 millions de réfugiés) et fit des centaines de milliers de morts dans des combats fratricides entre hindous et musulmans. Sur ce sujet crucial, on se souvient du magnifique "Earth" de l’Indienne Deepa Mehta. La comparaison avec cette bluette signée Gurinder Chadha n’en est que plus douloureuse…

Découverte avec "Bend It Like Beckham" en 2002, revue avec "Coup de foudre à Bollywood" deux ans plus tard, la cinéaste d’origine indienne livre une reconstitution historique totalement convenue, hors sol. Est-ce parce qu’elle est née à Nairobi et qu’elle a grandi en Angleterre ? Ou pour des raisons de productions ? Chadha adopte en tout cas un point de vue toujours occidental, réduisant aux seconds rôles les personnages indiens et pakistanais, quand les figures historiques de Nehru et Gandhi jouent la carte de l’exotisme.

Au milieu du chaos qui s’empare du palais du vice-roi à Delhi, le spectateur est donc prié de compatir pour le sort du pauvre Lord Mounbatten (Hugh Bonneville, aussi princier que dans la série "Downton Abbey") et de son épouse Edwina (Gillian Anderson), qui aime tant s’initier aux us et coutumes locaux… Soit deux braves aristocrates britanniques venus accomplir leur devoir en procédant à la dissolution de la colonie et à la mise en place de la ligne Radcliffe, sans vraiment prendre conscience de l’importance historique des événements qui les entourent. Tout comme la cinéaste, qui se concentre uniquement sur la reconstitution historique, pesante…

Toujours soulignée, recourant aux violons, la mise en scène achève de plonger "Viceroy’s House" dans le naufrage le plus complet. Jusque dans une dernière scène indigne et racoleuse, qui, lors de la présentation du film au festival de Berlin, a provoqué plus de rires moqueurs que de larmes…


"Viceroy's House": L’Inde pour les Nuls
©IPM

Réalisation : Gurinder Chadha. Scénario : Gurinder Chadha, Moira Buffini&Paul Mayeda Berges. Photographie : Ben Smithard. Musique : A.R. Rahman. Avec Hugh Bonneville, Gillian Anderson, Michael Gambon, Huma Quresh… 1 h 46.

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