"Elvis & Nixon" : Improbable mais vrai. En 1970, le Président recevait le King dans le salon ovale

Fernand Denis

Elvis et Nixon. Quel rapport ? Deux Américains, deux figures marquantes des années 60. Deux auteurs d’enregistrements fameux, Elvis en concert à Las Vegas et le Watergate album de Nixon.

Un jour, Elvis se réveille devant les écrans de sa tv room à Graceland. Il a une idée en tête : devenir un "Federal agent at large" (cela ne correspond à rien aux USA, disons qu’Elvis veut devenir un agent fédéral illimité). Elvis veut se mettre au service de la mère patrie. Il s’agit notamment de combattre ceux qui pervertissent la belle jeunesse américaine au moyen de la drogue et aussi de cette musique hippie qui la pousse à se rouler dans la boue à Woodstock, à brûler la bannière étoilée sacrée. Existe-t-il un crime plus abject ?

Elvis veut un badge officiel, un vrai. Et tout de suite maintenant. Il contacte un ami d’enfance, un peu public-relation, un peu avocat, et en route pour Washington. Dans l’avion, il écrit sa lettre de motivation pour devenir federal agent at large, exprime son désir de se mettre officiellement à la disposition du pays. A 8h du mat, à l’une des entrées de la Maison blanche - ça ressemble un peu à Graceland en plus petit - il s’extrait d’une limousine pour remettre une lettre de demande d’audience auprès du président. ASAP.

Nixon refuse et puis se ravise. Sa fille veut un autographe d’Elvis.

Voilà un double biopic passionnant et cela indépendamment de l’intérêt qu’on peut porter à l’un comme à l’autre.

C’est tout d’abord un suspense : Elvis Presley atteindra-t-il son but ? Comment va-t-il s’y prendre ? C’est aussi une comédie : la rencontre entre ces deux célébrités planétaires ne va pas se dérouler selon le protocole mais prendre des chemins de traverse plutôt comiques. Il y a l’humour de situation mais aussi celui de la sidération. C’est l’effet que produit à tous les coups Elvis dès qu’il croise un autre individu. Soit, on le prend pour un imitateur et alors il se fait chambrer. Soit, on le prend pour le vrai et c’est comme si la personne se trouvait nez à nez avec God, Allah, Yahvé, Bouddha, Krishna, etc.

La réalisatrice Liza Johnson s’amuse perfidement à mettre en compétition la force d’attraction des célébrités selon leur domaine. Entre un autographe d’Elvis Presley ou de Richard Nixon, le choix est vite fait. Elle brosse deux formidables portraits non conventionnels - Elvis Presley ne chante pas, Richard Nixon ne fait pas de politique - mais néanmoins révélateurs.

Ainsi Presley apparaît à la fois lucide et à la masse. Lucide sur ce qu’il représente, un objet qu’il prend d’ailleurs soin d’emballer de façon extravagante. Mais l’idée d’être un agent "secret" quand le monde entier le connaît est aussi farfelue extravagante qu’absurde. Quant à Richard Nixon, il trouve en Elvis, un homme en phase avec ses idées réactionnaires et son hostilité à la contre-culture.

Sans doute, le film serait-il moins jubilatoire sans les performances de Michael Shannon et de Kevin Spacey. L’un comme l’autre jouent sur une épure de mimétisme et ouvrent la voie de l’interprétation. Ils rendent mémorable cette rencontre authentique mais rock’n’roll.


"Elvis & Nixon" : Improbable mais vrai. En 1970, le Président recevait le King dans le salon ovale
©IPM

Réalisation : Liza Johnson. Scénario : Joey Sagal, Hanala Sagal, Cary Elwes. Avec Michael Shannon, Kevin Spacey… 1 h 26.