"The Day Will Come" : L’enfance danoise bafouée

Hubert Heyrendt

Fin des années 60, le monde vit une révolution. A Copenhague, les premières communautés hippies ont fait leur apparition; un souffle de liberté souffle dans l’air. Tandis que, quelques années après que Kennedy ait annoncé qu’un homme marcherait sur la Lune, la prédiction est en passe de devenir réalité. A dix ans et malgré son pied-bot, Elmer rêve de devenir un jour astronaute ! Malheureusement, sa mère, célibataire et malade, s’étant vu retirer la garde de ses enfants, il est envoyé avec son frère Erik à l’orphelinat de Gudjberg, dirigé par un principal très strict (l’inquiétant Lars Mikkelsen, le frère de Mads).

Pour les deux garçons, habitués à la liberté, l’institut est un véritable enfer, dont ils ne rêvent que de s’échapper. D’autant qu’ici, les châtiments corporels font toujours partie de l’appareil pédagogique. Seule une nouvelle institutrice (Sofie Gråbøl, l’inspectrice aux pulls à col roulé de la série "The Killing") semble capable de faire preuve d’un peu de compassion…

Après le récent "Sámi Blood" d’Amanda Kernell, qui dénonçait le traitement réservé par la Suède à la minorité laponne autochtone, la Scandinave continue de convoquer les fantômes de son passé, emboîtant le pas, entre autres, à la trilogie "Millenium" du Suédois Stieg Larsson. "The Day Will Come" brise le silence qui a longtemps régné sur les pratiques éducatives danoises, s’inspirant de faits réels (s’étant notamment déroulé à l’orphelinat de Godhavn dans les années 60).

Evidemment, "The Magdalene Sisters" (Ours d’or à Venise en 2002) a déjà largement défriché ce terrain, avec autrement plus de force. Bossant essentiellement pour le petit écran (notamment sur "Borgen"), Jesper W. Nielsen ne parvient pas à égaler Peter Mullan, sa mise en scène et sa reconstitution historique étant trop appuyées, tandis qu’il fait un usage immodéré d’une bande originale aux échappées lyriques. Notamment dans le parallèle, sans cesse fait, entre l’enfermement de Gudjberg et l’immensité de l’espace que s’apprête à découvrir Armstrong en posant le premier pas sur la Lune, symbole de liberté à l’état pur…

Malgré son côté très dickensien et un brin "Dossier de l’écran", "The Day Will Come" n’en reste pas moins un film poignant sur un sujet douloureux qui, décidément, n’a épargné aucun pays… Pas même le très modèle sociale-démocratie scandinave…

"The Day Will Come" : L’enfance danoise bafouée
©IPM

Réalisation : Jesper W. Nielsen. Scénario : Søren Sveistrup. Avec Lars Mikkelsen, Sofie Gråbøl… 1 h 59.