"Patti Cakes" : Un feel-good movie de rap chez les banlieusards du New Jersey

Heyrendt Hubert

La nuit, dans ses rêves, elle est Killa P, nouvelle égérie du dieu du rap O-Z, acclamée par une foule en délire. Le matin, elle se réveille Patricia Dunbrowski, jeune fille obèse de 23 ans, vivant avec sa mère et sa grand-mère à Bayone, petite cité-dortoir du New Jersey à l’ombre des tours de Manhattan. Mais Patti Cakes, comme l’appelle sa "Nanna", en est sûre : avec son pote Jheromeo, un Indien aussi mordu de rap qu’elle, ils vont trouver un producteur qui les aidera à quitter cette petite ville merdique. Les portes de New York s’ouvriront pour eux ! Entre ses deux petits boulots, Patti s’acharne à enregistrer une démo de son groupe PDNJ, qu’elle a monté avec Jheri, Basterd, Afro-Américain mutique et fan de hardcore, et… sa grand-mère en choriste de choix.

Quelle bonne surprise que ce petit film indépendant américain qui prend absolument le contrepoint du film de rap hollywoodien. A travers cette aspirante rappeuse, Geremy Jasper dresse surtout le portrait d’une Amérique invisible, celle des déclassés qui, contre vents et marées, veulent croire en leur bonne étoile, croire que ce fichu rêve américain les sortira de la misère, qu’à force d’efforts, la réussite leur sourira. Et bla bla bla. En attendant, cette Amérique mord sur sa chique, accumule les jobs de misère et noie son désespoir dans l’alcool au bistrot du coin. Celui où bosse Patti, confrontée tous les soirs à la déchéance de sa mère, ex-chanteuse réduite au rang d’une épave pathétique qui continue de rêver à la femme qu’elle aurait pu être…

Clippeur pour Florence and the Machine ou Selena Gomez, Jasper signe un premier film doux-amer, qui met en scène une Amérique qu’on ne voit guère au cinéma, celle des petites villes de banlieue et des électeurs de Trump. Pourtant, "Patti Cake$" n’est pas un film dépressif. Que du contraire ! Ce que révèle le cinéaste au milieu de toute cette crasse, c’est en effet le talent caché mais aussi la possibilité de s’en sortir, non pas en marchant sur les autres, mais au contraire en pouvant compter sur leur soutien.

De quoi faire de "Patti Cake$" un objet étrange, à mi-chemin entre film indépendant new-yorkais, dur dans sa description sociologique de la pauvreté, et feel-good movie (tendance "Little Miss Sunshine"), qui cherche la poésie dans les petits détails du quotidien. Et porté par une actrice épatante, Danielle MacDonald, aussi à l’aise dans le jeu que dans le rap !


"Patti Cakes" : Un feel-good movie de rap chez les banlieusards du New Jersey
©IPM

Scénario & réalisation : Geremy Jasper. Avec Danielle MacDonald, Mamoudou Athie, Bridget Everett, Siddharth Dhananhay, Cathy Moriarty… 1h48.