"Raftan" : Parcours d’exilés

Hubert Heyrendt

Un drame dur sur la tentative d’exil d’un couple de jeunes Afghans.

Menacé de mort en Afghanistan suite à une affaire de vengeance familiale, Nabi rejoint, après un voyage difficile, Fereshteh, réfugiée depuis quelque temps à Téhéran. Il est venu chercher sa jeune épouse en Iran pour l’emmener avec lui vers la Turquie. En ligne de mire, le passage en Grèce et une vie meilleure en Europe.

N’ayant pas beaucoup d’argent pour payer le passeur, le couple n’obtient pas la meilleure place dans le convoi. Ils finissent même par quitter la voiture après que le chauffeur a fait une remarque inappropriée à la jeune femme. Retour à la case départ pour le couple qui, s’il veut quitter l’Iran, doit rapidement trouver une grosse somme d’argent…

Emigré afghan installé depuis l’enfance en Iran, Navid Mahmoudi signe avec "Raftan" un premier long métrage fort. Intimement touché par la question de l’exil - son film est dédié à ses parents -, il réalise un véritable thriller, nous plaçant dans les pas de deux candidats au rêve européen. Le cinéaste impressionne notamment dans les nombreuses scènes nocturnes, où il reconstitue la réalité d’un passage de frontière, caché dans un coffre de voiture ou dans le moteur d’un car…

"Raftan" est un film proprement étouffant, qui ne cherche jamais à caresser le spectateur dans le sens du poil. Car aucun répit ne lui est laissé, pas plus qu’à ces deux sans-papiers, qui dépendent toujours de quelqu’un : ami, connaissance, famille, passeur… Et sur lesquels pèsent toutes ces infos à la radio ou à la télé, annonçant de nouveaux naufrages en Méditerranée…

Si l’on vibre, c’est que Mahmoudi ne lâche pas d’une semelle ses deux acteurs - le grave Behrang Alavi et la douce Nazanin Bayati. Dans de longs travellings, il les filme sans cesse en mouvement, en voiture, à moto, à pied, se débattant pour tenter de rester unis dans l’adversité. Et même quand le désespoir guette, ils restent dignes, confiant en leur amour.

Comme c’était déjà le cas dans le très beau film thaïlandais "Road to Mandalay" sorti il y a peu, le point de vue sur l’immigration est très différent de celui que l’on peut avoir côté européen. Navid Mahmoudi refuse en effet toute forme de bons sentiments; il montre juste l’horreur de cette tentative désespérée de chercher une vie meilleure. Où le prix à payer est souvent très cher…


"Raftan" : Parcours d’exilés
©IPM

Scénario&réalisation : Navid Mahmoudi. Photographie : Koohyar Kalari. Musique : Sahand Mehdizadeh. Montage : Jamshid Mahmoudi. Avec Behrang Alavi, Nazanin Bayati, Behrang Alavi… 1 h 18.