BlacKkKlansman: l'histoire vraie du policier noir qui a infiltré le Ku Klux Klan

BlacKkKlansman: l'histoire vraie du policier noir qui a infiltré le Ku Klux Klan

Spike Lee met en scène l’histoire vraie du policier noir ayant infiltré l’organisation raciste en 78. Le film a reçu le grand prix du jury à Cannes.

Ce film est trop inspiré d’une histoire vraie, man, prévient le générique.

Spike Lee est en forme, en très grande forme. Et de bonne humeur. Faut le voir montrer comment, dans les années 70, Ron, un black jusqu’au bout des cheveux, fait acte de candidature à la police de Colorado Springs.


Quelle mouche l’a piqué, lorsqu’un jour, il décroche son téléphone pour répondre à une annonce du Ku Klux Klan avec une voix de redneck. D’ailleurs, à l’autre bout du film, on le prend de suite pour un bon blanc bien raciste et on l’invite à rencontrer un membre de "l’organisation".

Si la voix de Rob est passée, le reste, évidemment, ne peut pas. Un collègue blanc - et juif - endosse son identité. Et commence une hallucinante histoire d’infiltration menée par ce tandem, l’un blanc en chair et en os, l’autre black au téléphone. Quand le Ron blanc risque d’être démasqué au milieu de ces suprémacistes fous furieux, la tension est à son comble. Et quand le Ron black, en ligne avec le chef du KKK, débite des énormités racistes au milieu de ses collègues médusés, la comédie est à son comble.

Spike Lee livre un suspense tout en nous introduisant au sein de cette organisation secrète à la découverte de ses rites, ses visages, son discours. Mais son ambition ne s’arrête pas là. Elle est aussi pédagogique, cinématographiquement pédagogique en montrant, en compagnie de Harry Belafonte, comment le cinéma a façonné l’image du Noir dans l’imaginaire des Américains. Par exemple dans Au tant en emporte le vent ou Naissance d’une nation que les membres du Klan aiment se projeter pendant leurs raouts.

Un film politiquement très engagé

Et là, Spike Lee ne rigole plus du tout en affichant son ultime ambition : prouver que Trump est un pur produit de la pensée du KKK. Ainsi, avant d’être un de ses slogans de campagne, "America First" fut un temps celui du KKK. Et de raccrocher son film aux incidents dramatiques de Charlottesville qui ont vu le président américain mettre dos à dos, les néonazis qui défilaient avec les slogans du KKK et les citoyens qui protestaient contre ce cortège.

Spike Lee ne s’est pas assagi avec le temps, que du contraire, mais il contient mieux son agressivité qui le rendait parfois inaudible. Il métamorphose pour partie sa rage en humour et concentre le reste vers son objectif. BlacKkKlansman est d’autant plus efficace et fluide. Même s’il s’autorise des licences artistiques avec la véritable histoire de Ron Stallworth. Malheureusement, sa propension à montrer ces blancs racistes comme des demeurés se heurte à la réalité actuelle du pouvoir américain.

Lee témoigne aussi d’un percutant sens du casting. John David Washington (le fils de Denzel) est phénoménal, Adam Driver impressionne tant il est tout-terrain et Laura Harrier est une découverte. Il n’a rien perdu, non plus, de son sens musical qui décuple la puissance de ses images. Et il propose quelques belles trouvailles de mise en scène, notamment quand il s’agit d’exalter la beauté des visages noirs lors d’une conférence d’un membre des Black Panther : Stokely Carmichael.

Spike Lee n’a plus sorti un film aussi percutant, aussi drôle et aussi important depuis 25 ans.

Réalisation : Spike Lee. Musique : Terence Blanchard. Avec John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, 2h16.

BlacKkKlansman: l'histoire vraie du policier noir qui a infiltré le Ku Klux Klan
©IPM


Épinglé

Lors de la conférence de presse à Cannes, le réalisateur Spike Lee a déclaré: "On doit se réveiller ! Ne pas rester silencieux. J’espère avant tout éveiller les consciences. L’extrême droite sévit partout dans le monde et on croule sous les mensonges présentés comme des vérités. Mon film parle de ça. Je parle avec mon cœur, je m’en fous des critiques, je sais qu’on est du bon côté de l’histoire avec ce film."