"Un ange", ou quand un champion cycliste belge perd les pédales au Sénégal

"Un ange", ou quand un champion cycliste belge perd les pédales au Sénégal

Les images sont belles, très belles. On sait combien il est difficile de tourner en Afrique, la lumière y est tellement dure, aveuglante.

Koen Mortier et son chef op' Nicolas Karakatsanis, font un travail remarquable. La lumière est veloutée, nuancée. Elle habille, elle sculpte la beauté de Fatou N’Diaye dont la peau d’un noir de Soulages est confrontée à des verts, des bleus, des rouges sublimes.

Chromatiquement, plastiquement, photographiquement ; c’est un enchantement.


Mais un film est-il une succession d’images superbes ? C’est la question à laquelle le monteur fut confronté. Perplexe, il a fait le choix de la déconstruction. Il livre les morceaux du film dans le désordre en se disant que cela occupera le spectateur, tout en le plongeant dans une ambiance poétique, entre rêve et réalité. Le boulot n’était pas si facile, car beaucoup de plans étaient identiques : la caméra suit un personnage durant des plombes. Ce n’est d’aucune utilité dramatique mais Koen Mortier n’en démord pas car c’est un peu sa signature, Angelopoulos revu par les Dardenne. En attendant, ça n’aide pas le film.

Dès lors, un film est-il une succession d’images inanimées a dû se dire quelqu’un de la production en regardant le premier bout à bout. Dans l’urgence, on a engagé un compositeur et un sound designer pour créer de la tension, de l’angoisse au moyen de la musique et du son. Ça peut faire illusion sur l’une ou l’autre séquence mais il est impossible d’électriser du vide pendant 1h45.

Il y avait pourtant un sujet, les derniers jours d’un champion cycliste qui perd les pédales au Sénégal. Une histoire vraie en plus mais avec des morceaux de fiction. Des petits ? Des gros ? On ne sait pas trop !

Le nom du cycliste est faux par exemple. On ne connaît pas de Bradford dans le peloton. Mais faut pas avoir fait Liège-Bastogne-Liège pour reconnaître un coureur belge fameux. Appelons-le Dupantalon puisqu’on n’a pas le droit de dire son patronyme. Comme on n’a pas le droit, sans doute, de titrer le film : le pot belge. Mais tous les amateurs de dopage l’auront reconnu et, c’est sûr, ils vont être - déchu - par cet ange !

Réalisation : Koen Mortier. Scénario : XX d’après le roman de Dimitri Verhulst "Monoloog van iemand die het gewoon werd tegen zichzelf te praten" (Monologue d’une personne habituée à se parler à elle-même). Image : Nicolas Karakatsanis. Montage : Nico Leunen. Avec : Vincent Rottiers, Fatou N’Diaye, Paul Bartel… 1h45.

"Un ange", ou quand un champion cycliste belge perd les pédales au Sénégal
©IPM