"First Man": Chazelle et Gosling épatent en retraçant le destin hors du commun de Neil Armstrong

"First Man": Chazelle et Gosling épatent en retraçant le destin hors du commun de Neil Armstrong

"C’est un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité." Quand, le 20 juillet 1969, descendant du module Eagle qu’il vient de poser sans encombre sur la surface de notre satellite naturel, Neil Armstrong foule le sol de la Lune pour la première fois, il accompagne son geste d’une phrase éternelle. Mais que sait-on vraiment de la vie de cet homme entré dans l’Histoire ? Au sortir de First Man, qui faisait l’ouverture de la 75e Mostra de Venise fin août, on découvre l’homme derrière l’astronaute. Un homme complexe, sérieux, mélancolique aussi, depuis la mort d’un cancer de sa petite fille Karen, alors qu’il n’était encore qu’un pilote d’essai pour la Nasa.

Le talent de Damien Chazelle, c’est de parvenir à creuser le personnage à travers cette dimension personnelle, sans trop appuyer sur la corde sensible (sauf peut-être dans la dernière séquence), sans masquer, non plus, la dimension historique, quasi mythologique, de son personnage. Pour camper celui-ci, le cinéaste a, à nouveau, fait appel, après La La Land , à Ryan Gosling, plus que jamais dans la retenue, dans une forme d’impassibilité grave qui colle bien au personnage. Face à lui, Claire Foy (l’inoubliable The Queen de Netflix) parvient à donner chair et consistance à l’épouse du grand homme, à celle qui s’occupe de leurs deux fils en se demandant si son mari reviendra de sa prochaine mission dans l’espace.

Si Chazelle impressionne, c’est qu’il livre tout sauf le film attendu, ni le biopic hollywoodien classique, ni le grand film d’action spatial. Malgré le thème, les contraintes de la réalité historique, Chazelle fait du Chazelle, en creusant, comme dans ses deux films précédents, au plus profond du destin d’un homme placé face à ses limites, à ses contradictions, à ses rêves.

Cela se traduit ici à travers la rigueur de la mise en scène, notamment dans les nombreuses séquences de vols d’Armstrong et de ses coéquipiers de la Nasa. Pas question pour Chazelle de jouer la carte du spectaculaire convenu, à travers des plans larges évocateurs. Ce qu’il cherche au contraire, c’est à coller au plus près du visage d’Armstrong, usant de gros plans qui permettent au spectateur de vivre cette incroyable aventure de façon très intériorisée et quasi claustrophobique par moments. Chazelle livre en quelque sorte l’anti-Gravity d’Alfonso Cuarón. Même si, pour le spectateur, le résultat est tout aussi impressionnant, et même plus fort sans doute, car moins tape-à-l’œil, plus austère.

Sûr de son talent, le cinéaste américain de 32 ans impose son style et ose même des échos à La La Land (où l’on trouvait déjà une danse dans les étoiles à l’Observatoire Griffith de Los Angeles…), à travers la présence de Ryan Gosling bien sûr, mais aussi la musique de Justin Hurwitz, dont on retrouve ici les accents, tantôt légers, tantôt lyriques. Une partition, elle aussi, plus évocatrice que spectaculaire, qui confère une tonalité très particulière à First Man. Celle d’un grand film lyrique, plein de souffle, qui réussit à entremêler l’homme et le héros sans jamais verser dans le patriotisme américain à outrance.

Réalisation : Damien Chazelle. Scénario : Josh Singer (d’après le livre de James R. Hansen). Photographie : Linus Sandgren. Musique : Justin Hurwitz. Montage : Tom Cross. Avec Ryan Gosling, Claire Foy, Ciarán Hinds, Lukas Haas, Brian d’Arcy James… 2 h 21.

"First Man": Chazelle et Gosling épatent en retraçant le destin hors du commun de Neil Armstrong
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