"Au bout des doigts" : Des dialogues d’une platitude rarement atteinte et des acteurs qui jouent tous faux

Un feel good movie ultraconvenu, sur le pouvoir émancipateur de la musique.

Petite frappe de banlieue, le jeune Mathieu Malinski (Jules Benchetrit) est aussi virtuose pour échapper aux flics dans les couloirs du métro que derrière un clavier. Mais pas un clavier d’ordinateur, celui d’un piano. Voilà qui intrigue Pierre Geitner (Lambert Wilson), lorsqu’il l’entend interpréter un prélude de Bach en plein milieu de la Gare du Nord, sur un piano mis à la disposition des voyageurs par la SNCF. Directeur du département musical du Conservatoire national supérieur de Paris, Geitner décide de faire de Malinski son protégé. Il plaide en sa faveur au tribunal pour que le gamin exécute sa peine de travaux d’intérêt général dans les murs de sa prestigieuse institution. Mieux, il lui fait suivre les cours de la très austère Comtesse (Kristin Scott Thomas), en vue de l’inscrire dans un grand concours de piano.

Ancien assistant-réalisateur de Luc Besson, Richard Berry ou Jean-François Richet, Ludovic Bernard est - malheureusement pour les cinéphiles - passé à la réalisation l’année dernière, signant coup sur coup L’Ascension et Mission Pays Basque . Et on a même droit ici à toute sa famille, avec Ludovic et Johanne Bernard au scénario de cette fable édifiante sur le pouvoir émancipateur de la musique classique.

Le problème n’est pas tant la banalité du propos, hyper convenu, que celle du scénario. Chaque personnage, chaque situation, chaque antagoniste ou embûche sur la route du protagoniste semblent cocher toutes les cases du manuel L’écriture de scénario pour Les Nuls. Tandis que les dialogues, d’une platitude rarement atteinte, condamnent les acteurs à jouer tous plus faux les uns que les autres, pour tenter d’habiter leur caricature de personnage.

Ludovic Bernard tente ici une resucée de Billy Elliott - la musique classique remplaçant la danse et la banlieue parisienne se substituant à la classe ouvrière anglaise. On aurait préféré, au moins pour une question de rythme, qu’il revoie plutôt le Whiplash de Damien Chazelle.


"Au bout des doigts" : Des dialogues d’une platitude rarement atteinte et des acteurs qui jouent tous faux
©IPM

Réalisation : Ludovic Bernard. Scénario : Ludovic Johanne Bernard. Musique : Harry Allouche. Montage : Romain Rioult. Avec Jules Benchetrit, Lambert Wilson, Kristin Scott Thomas, Esla Lepoivre, Karidja Touré… 1 h 46.