"Un beau voyou" : le cinéma français commence bien l’année

Dans ce premier film de Lucas Bernard, il y a un flic et un voleur mais pas de sirènes. Du suspense et un ton mais pas de fusillades. Et beaucoup d’acteurs formidables.

La fenêtre est ouverte, un individu en profite pour s’introduire dans l’appartement, inspecter les tiroirs. Pas grand-chose, quelques bijoux, quelques billets mais le propriétaire entre, voit le voleur, annonce la couleur : je suis de la police. Que se passe-t-il ensuite ?

L’inspecteur lui pose une question : orange ou pamplemousse ? Après lui avoir demandé de vider le contenu de son sac à dos sur la table, il entend faire la causette autour d’un vers de jus, avec un partenaire de travail en somme.

Bien sûr, il porte des chemises bariolées, mais il n’y a pas que cela qui en fait un flic pas comme les autres. Ainsi, c’est à pied qu’il va constater un cambriolage.

En l’occurrence, le vol d’un tableau. La propriétaire n’en revient pas. Pourquoi cet unique tableau ? Loin d’être le plus cher, le plus réputé de sa collection. Pas même de quoi intéresser la police, ni les assurances.

C’est peut-être cela l’idée, se dit le policier. Trois - quatre vols comme cela par an, et il y a de quoi vivre discrètement. Intuition confirmée après avoir recensé plusieurs vols de même importance, réalisé selon le même modus operandi : le voleur passe par les toits et puis par la fenêtre avec un minimum de dégâts, prend une œuvre modeste et disparaît.

Voilà un polar qui change de l’ordinaire, plus pictural et plus ensoleillé, sans sirènes et sans fusillades. Avec un flingue mais dans son étui, c’est l’arme de service que notre policier restitue à l’occasion de son départ à la retraite. Mais pas question d’abandonner l’enquête. Et, on le comprend, il croise des gens tellement étonnants : un restaurateur de tableaux au caractère de cochon, sa fille qui le lui rend bien, et bien entendu son voleur, un individu, comment dire ? Insaisissable !

Directeur photo passé à la réalisation - sans ostentation -, Lucas Bernard réussit une première toile, prometteuse, en forme d’exercice de style sur le thème du polar. Elle laisse apparaître une qualité majeure : un ton. L’enquête ne se limite pas pourtant à un prétexte, il y a du suspense et une belle cascade sur les toits de Paris, offrant des perspectives visuelles mais aussi sociales, plus surprenantes.

Toutefois, cette tension dramatique n’est pas la priorité, car les personnages se révèlent plus fascinants. Par leurs activités, leur caractère et plus encore par la qualité d’interprétation.

Voila des lustres, qu’on n’a plus vu Charles Berling aussi singulier, sur un écran. Swann Arlaud, le tout dernier César du meilleur acteur, s’est choisi un rôle tout en discrétion, tout en mystère, en clair-obscur. Et puis, elle a un tempérament, une vibration, un punch, c’est une révélation, c’est Jennifer Decker dont les spectateurs de la Comédie-Française étaient les seuls à vraiment profiter jusqu’à présent.

Le cinéma français commence bien l’année.


"Un beau voyou" : le cinéma français commence bien l’année
©IPM

Réalisation, scénario : Lucas Bernard. Avec Charles Berling, Swann Arlaud, Jennifer Decker… 1h 44.