"Continuer", un huis clos intense dans des paysages immenses

"Continuer", un huis clos intense dans des paysages immenses

Virginie Efira change de registre dans un huis clos des grands espaces signé Joachim Lafosse. D’après Laurent Mauvignier.

Divorcée depuis de nombreuses années, Sibylle (Virginie Efira) s’est éloignée de son fils Samuel (Kacey Mottet Klein). Pour tenter de renouer avec cet adolescent difficile, qui sombre doucement dans la délinquance, elle l’oblige à l’accompagner dans un long périple à cheval dans les steppes du Kirghizistan. La jeune femme espère que ce voyage, qu’elle a elle-même effectué autrefois, leur permettra de se retrouver. Enfermés dans une nature majestueuse, dangereuse aussi parfois, obligés de collaborer, Sibylle et Samuel ont le temps de réfléchir à leur vie et à leur relation…

Dans Continuer, Joachim Lafosse adapte le roman homonyme de Laurent Mauvignier, paru aux éditions de Minuit en 2016. Un livre qui est tombé dans l’œil de Virginie Efira, coproductrice du film. Ce rôle est en effet l’occasion pour l’actrice belge d’explorer une autre facette de sa personnalité et de son talent. Sans maquillage, vêtue en baroudeuse, passant la moitié du film à cheval, Efira casse son image glamour pour se livrer ici sous un jour nouveau. Mais le challenge n’est pas que physique. Elle campe en effet un personnage d’une grande sensibilité, d’une grande fragilité aussi. Une mère qui souhaite faire la paix avec son fils et son passé, mais sans renoncer pour autant à son identité de femme.


La mère et la femme

C’est sur ce regard qu’un fils pose sur sa mère et sur la femme qu’elle est que Joachim Lafosse a basé son adaptation. Car si le cinéaste belge n’est pas à l’origine du sujet, ni même du projet, il signe néanmoins un film très personnel. Avec Continuer, il poursuit en effet l’exploration de ce qui est au cœur de son cinéma depuis ses débuts (que ce soit dans Nue propriété, Elève libre , À perdre la raison ou même Les Chevaliers blancs ) : les relations, souvent douloureuses, entre enfants et adultes. A la différence qu’ici, pour une fois, Lafosse se montre un peu plus optimiste, laissant, pour cette mère et son fils, la porte entrouverte à un possible rapprochement, même après des années d’incompréhension.

De même, si Continuer permet à Lafosse de s’essayer à une forme de western contemplatif et aride, de filmer de sublimes paysages immensément désertiques, le cinéaste ne livre pas moins à nouveau un huis clos intense, centré sur le lien orageux qui font s’attirer et se repousser ces deux personnages. Mais Lafosse ne signe pas pour autant un film psychologique. Car tout passe ici par les atmosphères, les gestes auprès des chevaux ou du bivouac, par les regards et les silences, plus que par les dialogues. Le réalisateur peut s’appuyer sur deux comédiens magnétiques : Virginie Efira, comme on ne l’a jamais vue, et le jeune Suisse Kacey Mottet Klein (découvert dans Home d’Ursula Meier et revu notamment dans Quand on a 17 ans de Téchiné), au physique anguleux et au visage d’une rare expressivité dont on ne peut détourner les yeux…

Continuer Road-movie filial De Joachim Lafosse Scénario Joachim Lafosse&Thomas Van Zuylen (d’après le roman Continuer de Laurent Mauvignier) Photographie Jean-François Hensgens Avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein, Diego Martin, Damira Ripert, Mairambek Kozhoev… Durée 1h24.

"Continuer", un huis clos intense dans des paysages immenses
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