"Eighth Grade", la tyrannie du "cool" chez les jeunes

"Eighth Grade", la tyrannie du "cool" chez les jeunes
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Le film est un portrait attachant d’une jeune ado américaine complexée.

Comique populaire de la télé américaine - il a par exemple bossé avec Chris Rock et été la tête d’affiche de la série Zach Stone Is Gonna Be Famous -, Bo Burnham ne s’est pas encore réellement fait un nom au cinéma. Même si on a pu le voir aux côtés d’Owen Wilson dans le très lourdingue Hall Pass des frères Farelly ou, plus récemment, donner la réplique à Kumail Nanjiani dans le magnifique The Big Sick . Pour son passage derrière la caméra, Burnham signe un petit film indépendant sensible.

Eighth Grade raconte la vie quotidienne de Kayla, une adolescente de 13 ans introvertie qui termine sa huitième année d’études, celle qui lui permettra de passer du collège au lycée et d’entamer - du moins l’espère-t-elle - une nouvelle vie. Trop d’acné, trop de rondeurs, d’une timidité maladive, Kayla est en effet pour le moins complexée. Là où d’autres sont élus "meilleur sportif" ou "plus beaux yeux de la classe", elle reçoit le prix de l’élève la plus discrète… Sur les réseaux sociaux par contre, elle est très active, cochant toutes les cases de la Snapchateuse et de l’Instagrammeuse parfaite. Tandis qu’elle distille sur sa chaîne Youtube des conseils sur la confiance en soi qu’elle aimerait pouvoir s’appliquer dans la vie réelle…


Une ado connectée

Brossant le portrait d’une ado américaine du XXIe (campée par la jeune et talentueuse Elsie Fisher), Bo Burnham n’élude aucun des écueils de cet âge ingrat, ce malaise vis-à-vis de son corps, cette peur de se confronter aux autres, cette douleur face aux humiliations quotidiennes des camarades de classe plus beaux, plus populaires, bref, plus "cool". Mot répété à l’envi durant tout le film.

Grâce à une mise en scène très pop, faisant beaucoup appel à la musique et aux tubes pour souligner les émotions intérieures de l’héroïne - procédé efficace mais parfois un peu gadget -, Eighth Grade dissèque en effet cette tyrannie de la coolitude, cette obsession à rentrer dans le moule de l’adolescent qui s’amuse, profite de la vie, rigole autour de la piscine en jouant avec un pistolet à eau, comme s’il était dans un clip de MTV. Même si, au fond d’elle-même, Kayla sait que ce n’est sans doute pas cela qu’elle recherche. Mais, socialement, elle se sent obligée de se conformer, sous peine de se sentir exclue et d’être la risée de tous.

Trouvant le bon équilibre entre humour et sensibilité, Eighth Grade est un très joli film, malgré un côté parfois un peu manipulateur vis-à-vis du spectateur et une tendance à grossir le trait…

Eighth Grade Tragi-comédie ado De Bo Burnham Scénario Bo Burnham Avec Elsie Fisher, Josh Hamilton, Emily Robinson… Durée 1h33

"Eighth Grade", la tyrannie du "cool" chez les jeunes
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