"Synonymes", un grand film qui mêle identité israélienne et française

Nadav Lapid signe un grand film sur l’identité israélienne et française. Ours d’or à Berlin il y a quelques semaines.

"Synonymes", un grand film qui mêle identité israélienne et française
©Reporters

L’air très déterminé, Yoav (Tom Mercier), un grand jeune homme baraqué, débarque dans un magnifique appartement parisien totalement vide. Il se déshabille. Quand, soudain, on lui vole toutes ses affaires. Désormais nu comme un ver, il se love dans la baignoire, fenêtre ouverte, alors qu’il fait un froid de canard. Inconscient, il est sauvé de l’hypothermie par le jeune couple qui habite à l’étage du dessus. Touchés par sa beauté mystérieuse, Emile (Quentin Dolmaire) et Caroline (Louise Chevillotte) le réchauffent, l’habillent et lui donnent un peu d’argent pour survivre à Paris. Tout droit sorti d’un film de la Nouvelle Vague, le couple ne travaille pas, s’offrant le luxe de pouvoir écrire ou jouer du tuba… Pendant que Yoav, lui, cherche des petits boulots dans la sécurité pour des boîtes israéliennes…

Après Le policier et L’institutrice, Nadav Lapid aurait pu appeler son troisième long métrage L’Israélien. Se souvenant de ses trois années passées à Paris après son service militaire, où il a découvert le cinéma (cf. ci-contre), le cinéaste de Tel Aviv met en scène son double qui, comme lui, débarque dans la capitale française pour fuir la "prison" que constitue à ses yeux son pays. Décidant de ne plus parler un mot d’hébreu, Yoav s’immerge dans un dictionnaire Larousse pour maîtriser les subtilités de la langue de son pays d’accueil et devenir plus français qu’un Français…


Récit autobiographique

S’il s’inspire de ses propres sentiments envers Israël et d’anecdotes vécues - comme cette désopilante recette de pâtes à la sauce tomate, calculée au centime d’euro près pour être la moins chère possible -, pas question pour Nadav Lapid de se livrer à une stricte autofiction. Les éléments biographiques ne sont en effet que le point de départ d’un vrai film de cinéma, qui réfléchit de façon critique à la complexité de l’identité israélienne, ici quasiment schizophrénique, mais aussi française. Car la France que filme Lapid est une France en crise profonde, un pays en train de se renier et, ce faisant, de perdre son aura internationale, même s’il se raccroche toujours à sa culture parisienne.

Décalant la tonalité vers l’absurde, le réalisateur crie également son amour pour le cinéma français, rendant un hommage appuyé à Jean-Luc Godard et à un certain cinéma français. Pour camper ce couple de Parisiens très libres qui prend son alter ego fictif sous son aile, il a d’ailleurs choisi Louise Chevillotte, l’actrice de L’amant d’un jour de Philippe Garrel, et le jeune Quentin Dolmaire, vu dans Le redoutable (biographie de Godard signée Michel Hazanavicius) et dans Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Desplechin… Face à eux, exceptionnel dans le rôle de ce héros tragicomique absurde, Tom Mercier est une révélation, mettant tout son corps au service d’un personnage d’une grande complexité.

Synonymes Tragi-comédie identitaire De Nadav Lapid Scénario Nadav & Haim Lapid Photographie Shai Goldman Avec Tom Mercier, Quentin Dolmaire, Louise Chevillotte… Durée 2h03.

"Synonymes", un grand film qui mêle identité israélienne et française
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