"La Lutte des classes": un film qui pose les questions qui fâchent sur l’école de la République, mais avec humour

"La Lutte des classes": un film qui pose les questions qui fâchent sur l’école de la République, mais avec humour

La lutte des classes. Mais quelles classes ? Sociales, d’école ? Les deux.

Paul et Sofia sont des inconditionnels de l’école publique. Lui, parce qu’il a grandi à gauche et on le soupçonne même d’avoir appelé leur fils Corentin pour pouvoir le surnommer Coco. Elle, parce qu’elle est un pur produit de l’école publique qui a mis cette petite maghrébine dans l’ascenseur social. Et elle est montée jusqu’à un cabinet parisien réputé où elle est avocate.

Aussi, quand ils déménagent en banlieue, à Bagnolet, ils inscrivent Coco à l’école publique, à Jean-Jo (pour Jean Jaurès). Tout roule pendant quelques années, jusqu’à ce que leurs amis - disons bobos pour faire court -, retirent, les uns après les autres, leurs enfants de Jean-Jo pour les mettre dans l’enseignement privé.

Le niveau scolaire est trop bas, disent les uns. Le niveau de violence est trop haut, disent les autres. Bref, Coco finit par être le seul Blanc de la classe. Et il se sent de plus en plus mal car il n’est pas musulman, car ses parents ne croient pas en Dieu. Même Paul commence à douter, lorsqu’il est seul parmi les femmes voilées à la sortie de l’école. Sofia, elle, s’accroche à ses principes comme un marin à la barre en pleine tempête. La boule au ventre, n’est-elle pas en train de sacrifier son propre fils à son idéal républicain ?


Le prix des principes

Quel est le prix de ses principes ? C’est une question à 200 000 euros pour ce couple. En effet, lorsqu’il quitte leurs 50 mètres carrés parisiens pour une maison avec jardin à Bagnolet, l’agent immobilier leur apprend que leur appart, payé 200 000 € à l’époque, en vaut aujourd’hui 400 000 €. Radicalement opposé à la logique capitaliste de la plus-value, Paul exige de revendre son bien au prix où il l’a acheté. Sauf que la maison de Bagnolet vaut 400 000 et que s’il revend l’appart 200 000, il est bon pour un emprunt hypothécaire de 200 000. Et de se lancer dans un marchandage à l’envers avec l’agent immobilier. Tout l’art de Michel Leclerc tient dans cette petite scène inaugurale et paradoxale, drôle et interpellante.

On peut faire comme Mohamed Hamidi, tourner un feel good movie en disant Jusqu’ici tout va bien. Michel Leclerc, lui, ne veut pas se niqaber la face, tout ne va pas bien et sa Lutte des classes sent le vécu. Le rebelle et la beur, c’est lui et sa femme scénariste Baya Kasmi, c’est leur expérience de parents du dernier petit Blanc de la classe, c’est leur constat que dans l’école de la République, si chère à leur cœur et à leurs valeurs, la religion est désormais plus présente que dans les écoles catholiques.

Le talent des auteurs du Nom des gens et de Télé Gaucho, c’est de poser les bonnes questions, de lever les bonnes contradictions, avec de l’humour et de l’esprit. La lutte des classes est la démonstration qu’on peut ouvrir les yeux sur des réalités tout en signant une excellente comédie, sans illusion mais pas forcément sans espoir.

Ils ne sont pas seuls, leurs comédiens sont formidables. Après avoir été un marquis moderne dans Mlle de Joncquières, Edouard Baer est sensationnel en enfant de la gauche, devenu batteur punk et puis père au foyer. Un rebelle comme il aime se définir. Quant à Leila Bekhti, elle s’impose comme une grande comédienne de sa génération, interroge son parcours et l’alibi de la diversité, avec son cœur et sa raison. Michel Leclerc signe un formidable état des lieux.

La Lutte des classes Comédie engagée De Michel Leclerc Scénario Michel Leclerc, Baya Kasmi Avec Leïla Bekhti, Edouard Baer, Ramzy Bedia Durée 1h43.

"La Lutte des classes": un film qui pose les questions qui fâchent sur l’école de la République, mais avec humour
©IPM


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