"Raoul Taburin a un secret", adaptation difficile de Sempé au grand écran

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© Capture d'écran

Taburin. Savez-vous ce qu’est un Taburin ?

C’est ainsi qu’on appelle une bicyclette à Saint-Céron, un pittoresque village de la Drôme où vit Raoul Taburin, le Bocuse de la pédale, le Da Vinci du dérailleur. La population locale l’a d’ailleurs anobli en éliminant le mot vélo de son vocabulaire pour le remplacer par Taburin. Comme on dit un Bic pour un stylo à bille.

Sempé. Savez-vous ce qu’est un Sempé ? Tout le monde a vu un dessin de Sempé. Et tout le monde se souvient de la fantaisie du trait, de la tendresse du regard, de l’humour du commentaire, du paradoxe de la situation. Le style à l’état naturel.


Pierre Godeau vient de porter à l’écran, son album Raoul Taburin. Pourquoi pas ? Mais aussi pourquoi ? C’est tellement parfait à l’état de dessin, peut-on vraiment reproduire une telle harmonie sous une autre forme ?

Le cinéma nous raconte l’histoire de ce réparateur de vélo dont l’existence est plombée par un terrible secret : il est incapable de se tenir sur une selle. Avec Benoît Poelvoorde en contre-emploi, avec Edouard Baer en pote complice, avec la grâce délicate de Suzanne Clément, avec l’humanité tranquille de Grégory Gadebois, cela donne un film familial, charmant, désuet, bucolique, un peu mièvre. Bref, tout ce que Sempé n’est pas, car il transcende la banalité avec son style.

Raoul Taburin, le film, c’est ce qui reste de Sempé quand on a enlevé Sempé : un petit film sympatoche et passéiste. Si encore Pierre Godeau avait du style, il aurait pu trahir Sempé, tirer la couverture à lui, mais il se contente de quelques jolies idées inoffensives pour livrer une adaptation académique et touristique. Sempé c’est un regard et Godeau, une photocopie. Sempé est un artiste et Godeau, un illustrateur.

Raoul Taburin Comédie passéiste De Pierre Godeau Scénario Guillaume Laurant d’après l’œuvre de Jean-Jacques Sempé Avec Benoît Poelvoorde, Edouard Baer, Suzanne Clément Durée 1h 30.

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