Avec "Le Pacte", Sorogoyen signe un thriller noir haletant sur la corruption et le pouvoir

"Le Pacte": une fable noire sur la corruption et le pouvoir
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L’Espagnol Rodrigo Sorogoyen signe un nouveau thriller, haletant sur la forme mais simpliste.

Contemporain et universel dans son propos, malgré un contexte exclusivement espagnol, "El Reino" ("Le Royaume") de Rodrigo Sorogoyen débute comme une fable noire sur la corruption et le pouvoir.

Durant la scène d’ouverture, un groupe d’édiles régionaux d’un important parti politique discute à bâtons rompus autour des mets d’un restaurant chic. Bombance qui évoque leurs appétits voraces, le plan convoque, cinématographiquement parlant, la mémoire de films de gangsters - Le Parrain, Les Affranchis - voire, aussi, celle, fameuse, de Reservoir Dogs.


Arrangements entre amis

On s’y perd un peu dans les noms. Les dialogues fusent. Mais on comprend que ceux-là ont leurs petits arrangements entre amis (et clients) et que, tout locaux qu’ils soient, ils influent sur la politique du parti à l’échelon national. Avec pour seuls idéaux, le pouvoir et le pognon.

Au sein du groupe se distingue Manuel Lopez Vidal (Antonio de la Torre), vice-président régional, à un marchepied de la place de son mentor vieillissant Frias (Jose Maria Pou).

Incarnation d’un ordre ancien, ils ont un adversaire putatif : Rodrigo Alvarado (Francisco Reyes), impétrant venu de la justice, embrigadé pour nettoyer les écuries d’Augias du parti.

Lorsqu’éclate l’inévitable scandale, le retentissement est national. Manuel, qui en connaît les tenants et les aboutissants, tente de colmater les fuites. De fait, son implication est rapidement mise au jour.

La farce vire au thriller. Manuel voit sa carrière passée par pertes et profits par l’appareil de parti. Déterminé à ne pas tomber seul, autant par vengeance qu’instinct de survie, il se lance dans la quête de la preuve de la corruption généralisée, espérant troquer celle-ci contre son immunité. Cette partie est cinématographiquement mieux soutenue et prenante - on retrouve le réalisateur de Que dios nos perdone, premier thriller de Rodrigo Sorogoyen qui exposait déjà par le prisme du film du genre les faces sombres de la société espagnole.

Démonstration de talent

Dans la fuite en avant de Manuel, le réalisateur fait une nouvelle fois démonstration de son talent, alternant les registres, d’une scène quasi-burlesque sur un balcon où Manuel tente d’enregistrer les aveux d’un homme d’affaires à une course-poursuite nocturne haletante, allégorie de la perte des repères du protagoniste.

Mais ce talent de mise en scène, ainsi que celui d’acteur d’Antonio de la Torre (récompensé d’un Goya mérité pour ce film), ne compense pas les énormités du scénario (le carnet qui contiendrait le nom des corrompus de tous bords) ni la démonstration simpliste du double laïus final, qui fustige autant le cynisme politique que celui des médias - sur l’air du tous pourris, teinté d’un soupçon de complotisme. Conclusion un peu vaine (et vaguement populiste) qui n’est pas totalement à la hauteur de l’ambition du propos.

El Reino / Le Pacte Thriller politique De Rodrigo Sorogoyen Scénario Rodrigo Sorogoyen et Isabel Peña Avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, Francisco Reyes,… Durée 2h12.

Avec "Le Pacte", Sorogoyen signe un thriller noir haletant sur la corruption et le pouvoir
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