"L'adieu à la nuit", un autre regard sur le djihadisme

"L'adieu à la nuit", un autre regard sur le djihadisme

André Téchiné retrouve Catherine Deneuve pour la huitième fois.

Propriétaire d’un haras et de vergers dans le sud de la France, Muriel (Catherine Deneuve) est heureuse de retrouver son petit-fils Alex (Kacey Mottet-Klein), qui vient passer quelques jours chez elle avant de s’envoler pour le Canada avec sa petite amie Lila (Oulaya Amamra). Pourtant, entre la grand-mère et le petit-fils s’est installé comme un voile. Si les relations sont toujours chaleureuses et aimantes, Alex semble distant, la tête ailleurs. Après avoir surpris le jeune homme faire sa prière dans le jardin, la tête tournée vers La Mecque, elle finit par découvrir que le récent converti s’apprête à rejoindre la Syrie…

Auteur d’une filmographie d’une rare cohérence, tant thématique que formelle, André Téchiné s’attache à nouveau dans son 23e long métrage L’adieu à la nuit à décrire les non-dits qui rongent la société française. Comme il l’avait fait avec la prostitution dans J’embrasse pas en 1993, la guerre d’Algérie dans Les roseaux sauvages en 1994 ou le sida dans Les témoins en 2007…

S’inspirant des Français jihadistes, recueil d’entretiens de jeune Français partis faire le djihad en Syrie de David Thomson, Téchiné aborde ici une question d’actualité. Pourtant, il le fait sans aucun jugement. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas tant le processus de radicalisation que de décrire l’incompréhension d’une grand-mère face au choix de son petit-fils, qui refuse la société occidentale matérialiste dans laquelle il a grandi pour une utopie religieuse mortifère et violente.

C’est en ce sens que Téchiné retrouve sa grande amie Catherine Deneuve pour la 8e fois, qu’il place face au toujours épatant Kacey Mottet-Klein (qu’il filmait déjà dans Quand on a 17 ans en 2016) et à Oulaya Amamra (César du meilleur espoir féminin pour Divines ). Grand directeur d’acteurs, Téchiné continue en effet à aimer faire tourner la jeune garde, lui qui avait révélé Élodie Bouchez, Gaël Morel et Stéphane Rideau dans Les roseaux sauvages.

Un regard humain

Observant tous ses personnages avec une profonde bienveillance, le vieux cinéaste épate par sa capacité, malgré un sujet difficile, à conserver son flegme. Il n’est en effet pas question pour lui de condamner ces jeunes candidats au djihad déboussolés, plus proches des Pieds Nickelés que de dangereux terroristes… Surtout, on retrouve ici tout ce qui fait le charme intemporel du cinéma de Téchiné, cette attention à la nature, aux saisons, au temps qui passe. A tout ce qui nous dépasse et nous travaille au plus profond de notre humanité.

L’adieu à la nuit Drame De André Téchiné Scénario A. Téchiné, Amer Alwan & Léa Mysius Avec Catherine Deneuve, Kacey Mottet-Klein, Oulaya Amamra.. Durée 1h43.