"La dernière folie de Claire Darling", un drame intime sur la mémoire et les objets qui y sont liés

"La dernière folie de Claire Darling", un drame intime sur la mémoire et les objets qui y sont liés

Claire Darling veut vendre tout ce que contient sa maison. C’est sa mémoire qui est exposée sur le gazon.

Confuse. Claire Darling est confuse et pourtant, ce matin-là, elle s’est levée avec une idée très claire : vider sa maison. Une élégante bâtisse entourée d’un parc et remplie d’objets d’art, de meubles anciens, de tableaux, d’animaux empaillés et aussi des poupées qui veillaient sur Claire Darling quand elle était petite. Et encore d’automates, sa passion quand elle est devenue grande. Sans parler de cette pendule éléphant sans laquelle elle ne pouvait s’endormir.

Par ce lumineux matin de juin, alors que les forains s’installent sur la place du village, elle a demandé à quatre passants de vider les pièces, de tout installer sur la pelouse, et de placer des annonces d’un vide-grenier aux quatre coins de la localité.

La jeune antiquaire du coin déboule, plutôt inquiète de l’état de santé de la vieille dame. D’une certaine manière, elle a grandi dans cette maison, elle était la meilleure amie de la fille de Mme Darling, elle connaît tous les recoins, tous les trésors, c’est même à leur contact qu’elle a contracté la passion des beaux objets, le virus de l’antiquaire.

Et d’appeler Marie Darling, son amie d’enfance, qui arrive aussitôt. Elle non plus ne veut pas stopper ce vide-grenier, pas empêcher qu’un authentique bureau du XVIIIe parte pour 20 euros. C’est que rien ne l’attache plus à cette maison, cela fait des années qu’elle n’a plus vu sa mère. Les objets sont bien les seuls à savoir pourquoi mère et fille ne se parlent plus, à connaître "l’objet" de leur rupture.


Les choses de la vie

Sur fond de drame familial, Julie Bertuccelli signe un film merveilleux sur les objets, leur pouvoir, leur mémoire, leur raison d’être, leur malédiction… Ils sont comme des chansons, ils peuvent instantanément ressusciter des personnes, des lieux, des événements, des atmosphères.

Alors que les livres, les cadres, la vaisselle, des albums photos envahissent la pelouse ; un tsunami émotionnel assaille Claire Darling, mais aussi sa fille et l’amie antiquaire. Des flashs remontent à la surface, se moquant de la chronologie des événements.

Depuis son premier film, Depuis qu’Otar est parti, on est frappé par la façon dont le décor et les accessoires occupent une place singulière dans le cinéma de Julie Bertuccelli. Chez elle, ils n’ont pas une fonction, ils ont une âme et un rôle, celui de nous parler du personnage. En adaptant ce roman de Lynda Rutledge, Julie Bertuccelli trouve l’occasion de mettre en scène ce dialogue secret. Cette pendule éléphant, objet fascinant, fait bien d’autres choses que de mesurer le temps.

Catherine Deneuve, énergique et confuse ; Charia Mastroianni dans le rôle de sa fille, rebelle et tourneboulée ; Alice Taglioni, sèche et classieuse ; Laure Calamy, sensible et efficace ; tous ces merveilleux acteurs se contentent, avec enthousiasme, d’occuper le second plan. Le premier, lui, est réservé aux objets qui interpellent le spectateur sur leur place dans nos vies. La beauté de ceux qui nous entourent élèvent-ils notre âme ou bien leur présence plombe-t-elle nos existences en nous rappelant culpabilité, deuil, fidélité…?

La dernière folie de Claire Darling Drame intime De Julie Bertuccelli Scénario Julie Bertuccelli, Sophie Fillières d’après l’œuvre de Lynda Rutledge Avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Laure Calamy, Alice Taglioni Durée 1h34.