"Yves", une comédie complètement givrée sur l'intelligence artificielle qui fait froid dans le dos

Yves ! "All about Yves" ! Tant qu’à s’amuser à paraphraser les chefs-d’œuvre des fifties, on évoquera aussi "Some like it hot" de Wilder.

C’est que Jérem est un mec cool. Il vit dans le pavillon de banlieue de sa mémé décédée, partage l’existence et les repas de son chien. Banane, petit beurre, choco, lait ; le tout écrabouillé pour tous les deux, à tous les coups. A ces heures d’activité, Jérem compose du rap et attend que ça marche.

Il est d’autant moins pressé qu’il vient de trouver une combine pour les courses. Il a accepté de tester le Fribot, un frigo tellement révolutionnaire qu’on l’appelle Yves. C’est un frigo intelligent rempli de programmes pour veiller à l’alimentation la mieux adaptée au profil de son propriétaire, tout en maximalisant ses petits plaisirs, comme livrer la bière à la température idéale. Yves commande toutes les courses et paie par Internet. Régulièrement, So, une enquêtrice de la société Digital Cool, lui rend visite, sans le laisser indifférent - Jérem, pas le frigo, quoique. Elle-même a un faible pour cette expérience car la question sort de l’ordinaire : un frigo optimalisé peut-il améliorer la créativité ?


La loose ou le frigo ?

La réponse ne tarde pas. Yves ne se contente pas d’être un super frigo pour la gestion du bac à légumes et des glaçons. Il ne se contente pas d’être un super Siri qui gère le ménage, paye les factures, répond aux mails et organise l’agenda. Yves accumule les données personnelles de Jérem enregistrées au cours de leurs échanges et est ainsi devenu, suivant les moments, sa mère, sa secrétaire, son pote, et Jérem lui-même mais en mieux. C’est un jeu d’enfants, enfin un jeu de puces d’améliorer les compositions de Jérem, d’enrichir ses lyrics, de balayer ses états d’âme sur l’emploi des filtres. En une nuit, il a multiplié ses vues par mille et fait décoller sa carrière de rappeur. Et voilà notre homme confronté à la question fondamentale : est-il préférable de rester dans la loose plutôt que de devoir son succès à un frigo ?

La question fait froid dans le dos. Après avoir vu Christophe Lambert entretenir une relation passionnelle avec un porte-clefs dans I Love You de Marco Ferreri ; Joaquin Phoenix tomber amoureux du système d’exploitation de son ordi dans Her ; voilà maintenant William Lebghil - sensationnel - en duo, style Lennon/McCartney, avec son frigo.

On mesure l’augmentation du volume occupé par l’intelligence artificielle pour optimaliser le quotidien et libérer du temps à passer sur Facebook, Twitter et Instagram. Comme la technologie n’ignore plus rien de nos vies, nos goûts, nos pensées ; les algorithmes se chargent de fournir leurs clients en musiques, en films, en infos sur la home page. Et comme les lois de la gravitation s’appliquent aussi à l’informatique, ça tire toujours vers le bas. Le Vlaams Belang l’a parfaitement compris en confiant sa campagne électorale à Facebook avec les résultats qu’on sait.

Benoît Forgeard a décidé d’en rire avec un pitch résolument givré. Bien dosé, le rire absurde est irrésistible surtout quand il est bien joué. Le duo William Lebghil - Doria Tillier est épatant sous la supervision de Philippe Katerine. Mais Forgeard n’est pas Dupieux. À l’ouest, il y a du nouveau, une vision du futur quasi antérieur. Dans cette romcom digitale, l’héroïne roule en voiture autonome et vit déjà dans une société aux émotions artificielles.

Une comédie qui fait froid dans le dos.

Yves Comédie d’anticipation De Benoît Forgeard Scénario Benoît Forgeard, Alain Layrac Avec William Lebghil, Doria Tillier, Philippe Katerine Durée 1h47

"Yves", une comédie complètement givrée sur l'intelligence artificielle qui fait froid dans le dos
©IPM


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