"So Long, My Son": Un drame bouleversant dénonçant la politique chinoise de l’enfant unique, menée de 1979 à 2015

"So Long, My Son": Un drame bouleversant dénonçant la politique chinoise de l’enfant unique, menée de 1979 à 2015

Découvert avec le très beau Beijing Bicycle en 2001, qui lui avait valu le grand prix du jury à la Berlinale, le Chinois Wang Xiaoshuai continue, film après film, la relecture de l’histoire récente de son pays. Son 13e long métrage So Long, My Son s’ouvre sur une scène forte et douloureuse : la noyade d’un jeune garçon, qui va bouleverser le destin d’un couple d’ouvriers ordinaires. On les retrouve six ans plus tard, incapables de faire face à un ado difficile portant le même nom que leur fils disparu…

Qui est cet enfant ? Pourquoi Yaojun (Wang Jingchun) et Liyun (Yong Mei) ont-ils quitté leur travail à l’usine, leurs amis proches et leur ville natale pour s’exiler dans le Fujian, province dont ils ne connaissent rien et dont ils ne parlent même pas le dialecte ? Pendant trois heures, grâce à un entrelacement de flash-backs particulièrement savant, c’est à ces questions que va répondre le cinéaste chinois, dans un magnifique mélodrame qui, sans être une critique frontale, n’en reste en effet pas moins une œuvre profondément politique, qui questionne de façon magistrale les travers de la société chinoise.


Les mutations de la Chine

Ce qui épate chez Wang Xiaoshuai, c’est sa virtuosité dans l’imbrication du social, du politique et de l’intime. Cette tragédie de parents orphelins de leur fils s’inscrit en effet dans le cadre de la politique de l’enfant unique, mise en œuvre par la Chine de 1979 à 2015. Symbole par excellence d’une politique totalitaire, en ce qu’elle s’impose au plus profond de l’intimité de chaque citoyen, jusqu’aux vasectomies et autres avortements forcés évoqués dans So Long, My Son

A travers l’histoire de ce couple, racontée sur une trentaine d’années et en trois heures, Wang Xiaoshuai décrit également, avec beaucoup de finesse et d’intelligence, les mutations de la société chinoise depuis les années 80. Et notamment son passage à l’économie de marché. Quand, au nom de la prospérité économique du pays et des lendemains qui chantent du socialisme chinois, on s’est mis à appliquer les mêmes recettes libérales qu’en Occident : suppression de l’emploi garanti, restructuration des usines, plans de licenciements… Avec toutes les conséquences désastreuses sur la vie de ces femmes et de ces hommes déjà rudoyés par un système social sourd à leur souffrance.

Autant de thèmes qui parcourent toute l’œuvre d’un cinéaste qui a toujours su louvoyer, pour décrire les errements du régime chinois sans être victime de sa censure. Comme c’était déjà le cas en 2014 avec son film précédent Red Amnesia, qui interrogeait intelligemment les erreurs de la Révolution culturelle. Et ce toujours avec la même tonalité, celle d’un mélodrame sans larmes ni effusions, qui conserve toute leur dignité aux personnages pour souligner leur douleur personnelle mais aussi la froideur quasi inhumaine de la société dans laquelle ils évoluent…

"So Long, My Son": Un drame bouleversant dénonçant la politique chinoise de l’enfant unique, menée de 1979 à 2015
©IPM


So Long, My Son Mélodrame politique De Wang Xiaoshuai Scénario Wang Xiaoshuai & Ah Mei Avec Wang Jingchun, Yong Mei, Xi Qi, Wang Yuan… Durée 3h05.

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