"Patrick", une comédie contondante dans un camping namurois prisé par des naturistes flamands

Si j’avais un marteau clamait la chanson yéyé. Celui de Patrick a disparu, laissant un trou béant au cœur de son établi parfaitement rangé. L’absence de ce marteau au centre d’une série de douze l’obsède. Avant cette mystérieuse volatilisation, Patrick était-il comme cela, quasiment mutique ? On ne sait pas, mais avec son front penché, ses yeux absents, sa bouche close et son idée fixe ; son profil est passé d’un peu étrange à carrément zarbi.

Faut dire qu’il n’a pas perdu que son marteau, il a aussi perdu son père. Le choc fut d’autant plus perturbant quand il a découvert simultanément que celui-ci avait un amant.

Le voici propulsé d’homme à tout faire à directeur du camping. Un vrai panier de crabes. Un locataire a profité de l’interrègne pour augmenter sa zone. Un autre fomente un putsch pour prendre le pouvoir. Que fait Patrick ?

Il cherche son marteau. Le jour, la nuit, il y met tout son cœur. Que celui qui ne s’est jamais focalisé sur un détail pour ne pas avoir à affronter l’essentiel, lui jette le premier clou.

À propos de clou, celui du récit, est assurément le lieu où l’action se déroule, un camping naturiste dans les bois namurois, une sorte de Bredene-sur-Meuse. C’est pas le Cap d’Agde, plutôt un cap d’habitués très pépères et mémères, où tout le monde se connaît sans toujours s’apprécier.

Évidemment, ces gens qui se promènent en chemise ouverte et les fesses à l’air, ça installe une ambiance, ça désoriente le regard. Surtout quand les personnages se rhabillent, on est d’autant plus attentif à leur style.

Un authentique film belge

Voilà, en tout cas, un authentique film belge : production flamande, localisation en Wallonie, parlant néerlandais mais avec Bouli Lanners, humour local, accents multiples, envolées surréalistes et influences, étrangères, un peu de Dupieux et aussi de Delépine et Kervern.

Mais Tim Mielants a un univers, à l’ouest, absurde mais terriblement humain, ce qui le distingue d’un Dupieux dont les personnages sont seulement allumés. Patrick ressemble à un volcan éteint subitement rallumé par un… marteau. Homme à tout faire, même parfois refroidir l’une ou l’autre pensionnaires en chaleur, homme de quarante ans vivant toujours chez ses parents ; peu lui importe tant qu’il peut s’isoler dans son atelier, imaginer des meubles et les construire.

Un jour, un marteau disparaît. Ça fait rire, ça fait un peu de suspense, ça fait réfléchir, ça intrigue. Que représente, signifie, symbolise ce marteau ? Tim Mielants avance une piste de réflexion au moment de payer de la facture : "Parfois, on trouve ce que l’on cherche quand on arrête de chercher ce qu’on ne trouve pas." On relit une deuxième fois, ça peut servir.

Patrick Dramédie naturiste De Tim Mielants Avec Kevin Janssens, Jemaine Clement, Hannah Hoekstra, Bouli Lanners Durée 1h 30.

"Patrick", une comédie contondante dans un camping namurois prisé par des naturistes flamands
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