"Downton Abbey": un épisode géant de la série à succès sans grand attrait ni rebondissement

"Downton Abbey": un épisode géant de la série à succès sans grand attrait ni rebondissement

Après six saisons couvrant près d’une décennie (de 1912 à 1925), Downton Abbey revient au cinéma, preuve du succès singulier d’une série old school jetant le filtre de la nostalgie sur une Grande-Bretagne révolue. La représentation littérale de la stratification entre classes "haute" et inférieure ne donne lieu à aucun affrontement. On n’est pas dans Parasite de Bong Joon-ho. Dans la série de Julian Fellowes, il n’y a pas plus royaliste qu’un républicain, ni plus tenant de la hiérarchie qu’une domesticité où les majordomes sont les kings et ceux des rois règnent en maîtres.

Si les fans ne bouderont pas leur plaisir à retrouver la famille Crawley et sa domesticité, le film ne dépasse ni le niveau, ni l’ambition d’un épisode XXL de la série, un special, comme on dit dans le jargon.


Histoire de mettre les petits plats dans les (pas trop) grands, on imagine une visite royale à Downton. Branle-bas de combat, de l’épicier du village aux cuisines de miss Patmore, chacun rêvant du titre de gloire d’avoir servi le roi et la reine. Même M. Carson (Jim Carter) sort sa livrée de butler de sa retraite, Lady Mary (Michelle Dockery) redoutant que son ambitieux successeur Barrow (Rob James-Collier) ne soit pas à la hauteur de la tâche.

Alors que leurs finances sont au plus mal, l’argument pourrait être d’observer comment Lord et Lady Grantham (Hugh Bonneville et Elizabeth McGovern) sauvent les apparences face à un déclin annoncé (le 8e lord Carnavon a renfloué les caisses de son château de Highclere grâce à la série). Mais le film se limite, à l’aune de la série, aux coups bas au sein de la domesticité, où chacun se bat pour son maigre pouvoir. Représentation nostalgique d’une Grande-Bretagne blanche comme neige et idéalisée où chacun restait à son étage de la pyramide sociale, S’il y a une (brève) révolte domestique, elle est menée pour l’honneur de la famille Crawley et le bien-être monarchique : Take back control dirait Bojo.

Feu de punchlines

Tom Branson (Allen Leech), l’ex-chauffeur devenu beau-fils respectable des Grantham, affronte, lui, la suspicion que suscitent ses anciennes amitiés républicaines. Sous-intrigue éventée et expédiée à mi-parcours, tout comme chaque ressort dramatique rentrera dans l’ooorder que M. Carson réclame avec la constance d’un John Bercow.

Pendant ce temps narratif-là, on occupe Lady Violet (Maggie Smith) avec une cousine (Imelda Staunton) réclamant succession. Prétexte à un feu nourri de punchlines au profit de comédiennes impériales (Dame Maggie Smith conservant les meilleures, noblesse oblige). Mais une joute verbale fait plus de la grande télévision que du grand cinéma. Le spectateur se doit d’être aussi flegmatique que Lord et Lady Grantham, qui font tapisserie pendant que ça intrigue à tous les étages. Modèle probable des deux comédiens : Her Majesty herself, sirotant son thé à Balmoral pendant que la maison Britannia se lézarde.

Downton Abbey Testament à l’anglaise De Michael Engler Scénario Julian Fellowes Avec Maggie Smith, Hugh Bonneville, Michelle Dockery, Jim Carter, Imelda Staunton, Elizabeth McGovern,… Durée 2h02.

"Downton Abbey": un épisode géant de la série à succès sans grand attrait ni rebondissement
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