"Mjolk", la guerre du lait, une fusion improbable entre western et Ken Loach

En Islande aussi, les petits producteurs de lait tirent la vache par la queue. La fusion improbable du western et de Ken Loach.

Au centre d’un paysage grandiose dont l’Islande a l’exclusivité, une ferme. Géante et ultramoderne. Pourtant, ils ne sont que deux à veiller sur une bonne centaine de vaches confinées toute l’année dans une immense étable. Ils sont épaulés par un robot qui prend notamment en charge la traite et, comme eux, travaille sept jours sur sept. Jamais de vacances pour Reynir et Inga, écrasés par le poids de la dette contractée auprès de la coopérative qui a financé les investissements.

Une nuit, Inga est réveillée par la police. Son mari s’est tué dans un accident avec son camion. Elle est sonnée. Quelques semaines plus tard, l’enquête ne peut trancher la question : s’est-il endormi au volant ou suicidé ? Cette fois, elle est KO. Et même pire, elle se sent trahie par son homme qui a choisi la fuite, la laissant seule avec leurs dettes. Et c’est pire encore, lorsqu’un ami du couple lui apprend que son mari était le mouchard de la coopérative, celui qui dénonçait tout agriculteur cherchant à échapper au monopole. Son Reynir tant aimé était donc un lâche et un traître. Mais avait-il le choix quand la coopérative menaçait de le mettre en faillite s’il ne s’exécutait pas ?

Règlements de comptes à la coopérative

C’est la colère qui va aider, Inga gisant au tapis, à se relever, à reprendre le contrôle de sa ferme, à oser traiter la coopérative de mafia sur Facebook. Première escarmouche d’un long combat.

Après Woman at War, voici la croisade d’une autre Islandaise de caractère et d’âge mûr. Le réalisateur, Grímur Hákonarson, dont on n’a pas oublié les Béliers (Rams), l’histoire de ses deux grands-pères rivaux, réussit autour de ce portrait, la fusion improbable entre un western et Ken Loach.

Le western, ce sont, bien sûr, les paysages fabuleux à l’américaine, mais dans le registre du froid, plutôt Jeremiah Johnson que La Prisonnière du désert. Il y a les vaches, la prairie, même un cheval, celui du méchant patron de la coopérative qui a droit de vie ou de mort (économique) sur ceux qui habitent sur son territoire.

Et là, on rejoint Ken Loach qui, dans son dernier film, dénonce ces entreprises qui maintiennent les faux indépendants en esclavage grâce à un système pervers qui ne leur permet pas de rembourser leurs dettes. Le réalisateur islandais se distingue toutefois de son collègue britannique en dénonçant la coopérative, cette alternative solidaire au grand capital. Un appel à la vigilance, sans doute. Le meilleur système peut être dévoyé par ceux qui sont en charge de le faire fonctionner.

Grâce à son interprétation aussi déterminée que subtile, Arndís Hrönn Egilsdóttir réussit le tour de force de livrer le portrait d’une femme qui se reconnecte lentement avec sa féminité tout en menant un combat pourtant très viril.

Mjolk / La Guerre du lait Drame islandais De Grímur Hákonarson Avec Arndís Hrönn Egilsdóttir, Horsteinn Bachmann, Horsteinn Gunnar Bjarnas Durée 1h 30

"Mjolk", la guerre du lait, une fusion improbable entre western et Ken Loach
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