"Gloria Mundi" : L’implosion de la famille

Plus sombre que jamais, Guédiguian dénonce l’individualisme forcené qui détruit toute relation sociale.

"Gloria Mundi" : L’implosion de la famille

Plus sombre que jamais, Guédiguian dénonce l’individualisme forcené qui détruit toute relation sociale.

Deux ans après le sublime La Villa , où il faisait le point sur la vie et sur son cinéma, Robert Guédiguian est déjà de retour avec ses fidèles acteurs Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meyland, Anaïs Demoustier et Robinson Stévenin. Si l’équipe est la même, la tonalité de Gloria Mundi est ceci dit très différente. Le cinéaste marseillais ne cultive pas ici la nostalgie mais compose une tragédie totalement ancrée dans son époque.

Le film s’ouvre sur un accouchement. Le monde accueille la petite Gloria. Ses parents Mathilda (Demoustier) et Nicolas (Stévenin) sont aux anges, tout comme ses grands-parents (Ascaride et Darroussin)… On prévient même son grand-père biologique (Meylan), incarcéré à Rennes et sur le point de sortir de prison. Bref, la vie semble sourire au jeune couple. Mais les difficultés s’accumulent quand le nouveau papa, chauffeur Uber, est tabassé par des taximen furieux de cette concurrence déloyale. Il n’est plus en état de conduire et donc de payer les traites de sa berline flambant neuve. Tandis que Mathilda, à bout, ne supporte plus son boulot de vendeuse…

La mort de la solidarité

À 65 ans, Robert Guédiguian ne change évidemment pas de cap. Fidèle à ses idéaux communistes, il livre avec Gloria Mundi une peinture, très dure, de la précarité dans la France du XXIe siècle où, face à l’individualisme forcené qui a gagné toutes les couches de la société, même la famille ne constitue plus un refuge. Avec ce film, le Marseillais montre en effet à quel point les valeurs libérales du chacun pour soi ont tout corrompu, jusqu’aux liens familiaux.

Si le propos est noble, le cinéaste cherche malheureusement à traiter trop de sujets en même temps (ubérisation, grève…), pour tenter de coller au plus près à un air du temps de plus en plus douloureux. Et ce au risque de charger un peu la barque de ses personnages et des dialogues, qui sonnent par moments de façon trop didactique.

Pourtant, malgré un scénario aux ressorts parfois mécaniques, difficile de rester insensible à la chaleur du regard de Guédiguian sur ses contemporains. Car au milieu des salauds ordinaires, on trouve toujours des êtres épris d’humanisme et capables de dépasser leurs propres intérêts au profit des autres.

Gloria Mundi Drame social De Robert Guédiguian Scénario Robert Guédiguian & Serge Valletti Photographie Pierre Milon Musique Michel Petrossian Avec Anaïs Demoustier, Jean-Pierre Darroussin, Ariane Ascaride, Gérard Meylan.. Durée 1h46

"Gloria Mundi" : L’implosion de la famille
©IPM

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