Renée Zellweger, troublante de vérité dans "Judy", l'histoire de la star hollywoodienne en fin de parcours

Renée Zellweger, troublante de vérité dans "Judy", l'histoire de la star hollywoodienne en fin de parcours
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Nommée à l’Oscar, Renée Zellweger est troublante dans le rôle de la star hollywoodienne en fin de parcours.

Renée Zellweger en Judy Garland… L’idée avait de quoi surprendre. Ces dernières années, l’ex-star de Bridget Jones avait connu des hauts et bas, tout comme son physique. C’est peut-être justement cette expérience personnelle qui a permis à l’actrice de trouver en elle une corde sensible pour incarner une Judy Garland en fin de parcours, rongée par l’alcoolisme et la dépression, incapable de travailler à Hollywood. Ce qui résonne évidemment avec l’un des rôles les plus emblématiques de Garland dans Une étoile est née en 1954, produit par l’un de ses cinq maris pour tenter de la remettre en selle et qui abordait justement les questions de la célébrité et de la dépendance.

Dès l’enfance, Judy Garland fut pourtant l’une des étoiles d’Hollywood, au sein de la MGM. Sous la houlette du tyrannique Louis B. Mayer, qui l’exhibe au bras du jeune Mickey Rooney dans un couple de façade. Tout comme était la vie de la Dorothy du Magicien d’Oz, dont la MGM organisa le 16e anniversaire avec deux mois d’avance, dans un décor du studio, histoire de ne pas bousculer son planning de travail… Car, selon le nabab de la MGM, on ne peut être une star hollywoodienne et vivre comme une jeune fille normale.

C’est en tout cas la vision que propose Rupert Goold dans Judy, production de la BBC qui se concentre sur les derniers mois de la vie de Judy Garland, quand, rongée par les dettes et ses démons, celle-ci tenta de relancer sa carrière sur scène à Londres début 1969, quelques mois avant sa mort à l’âge de 47 ans.

Pour son deuxième film après True Story en 2015, le grand metteur en scène londonien adapte ici une pièce de Peter Quilter, End of the Rainbow (en référence à la célèbre chanson du Magicien d’Oz). Mais, jamais heureusement, il ne tombe dans le théâtre filmé. Alternant présent et passé - en flash-backs, quelques scènes lors du tournage du Magicien d’Oz expliquent combien Garland a été marquée par le vol de son enfance, elle qui fut actrice dès l’âge de 13 ans -, Goold livre le portrait d’une femme blessée par la vie, qui s’offre un dernier tour de piste avant de tirer sa révérence. Un peu à la façon des récents Stan et Ollie ou Film Stars Don’t Die in Liverpool .

Renée Zellweger troublante

Au-delà d’une reconstitution soignée, de dialogues bien sentis, le film bénéficie surtout de l’engagement total de son actrice principale. Quasiment absente des écrans depuis le troisième et pathétique volet du Journal de Bridget Jones en 2016, l’actrice américaine retrouve enfin, à 50 ans, un vrai grand rôle. Un rôle dans lequel elle s’est entièrement plongée et dans lequel elle a sans doute mis beaucoup d’elle, ayant elle-même vécu une traversée du désert durant quasiment toute la décennie 2010. À la fois drôle et touchante, piquante et fragile, Zellweger donne tout son relief au film et fait oublier les quelques facilités du scénario et une tendance, parfois, à passer en force pour aller chercher l’émotion facile. Mais quand elle enlève ses chaussures pour s’asseoir au bord de la scène et chanter Over the Rainbow, chanson qui a collé à la peau de Garland toute son existence, l’émotion de l’actrice est réelle. Celle du spectateur aussi…Hubert Heyrendt

Judy Drame biographique De Rupert Goold Scénario Tom Edge (d’après la pièce End of the Rainbow de Peter Quilter) Photographie Ole Bratt Birkeland Musique Gabriel Yared Avec Renée Zellweger, Jessie Buckley, Rufus Sewell, Michael Gambon… Durée 1h58.

Renée Zellweger, troublante de vérité dans "Judy", l'histoire de la star hollywoodienne en fin de parcours
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