"Les enfants du temps": Makoto Shinkai continue de faire la pluie et le beau temps sur le cinéma japonais

"Les enfants du temps": Makoto Shinkai continue de faire la pluie et le beau temps sur le cinéma japonais

En 2016, l’ anime Your Name a été un véritable phénomène au Japon. Il s’est ainsi imposé comme le 4e film le plus rentable du pays, derrière Le Voyage de Chihiro , Titanic et La Reine des neiges . Rapidement, on a donc présenté son auteur Makoto Shinkai comme le nouveau Miyasaki ! Autant dire que son nouveau film était très attendu au Pays du Soleil Levant…


Avec Les Enfants du temps , le cinéaste poursuit exactement dans la même direction, mêlant romance adolescente et considérations cosmologiques. Plutôt que Les Enfants du temps , le titre aurait-il sans doute plutôt être traduit par Les Enfants de la météo ou du ciel . Car si, dans Your Name , Shinkai s’intéressait au temps qui passe (notamment à travers un beau travail sur la narration), le temps est ici météorologique.

Inspiré de croyances shintoïstes ancestrales, le film met en effet en scène une ville de Tokyo qui, effet du réchauffement climatique, croule depuis des semaines sous la pluie… Fuyant son île natale et sa famille, Hodaka, 16 ans, débarque dans la capitale en ferry. La pluie, il n’en a cure. Ce qui compte, c’est ce sentiment de liberté qui l’habite. Même s’il découvre très vite la dureté de Tokyo. Rapidement sans argent, ni sans toit, il trouve refuge chez un drôle de couple, qui gagne sa vie en écrivant pour des revues ésotériques. La mission du gamin ? Enquêter sur le phénomène des Filles-Soleil, capables, selon la légende, de faire revenir le beau temps par une simple prière. Ça tombe bien, il rencontre Hina, jeune fille de bientôt 18 ans qui semble posséder ce pouvoir et dont il tombe immédiatement amoureux…

Splendeur de l’animation

À nouveau, Makoto Shinkai épate par sa capacité à inscrire un récit poétique au sein d’un environnement ultra-réaliste. Faisant appel à des marques bien connues pour asseoir la véracité (Apple, McDo, Google, Yahoo…), l’animation décrit en effet le Tokyo d’aujourd’hui, rendu de façon magistrale, avec force détails : métro, parcs, buildings, quartiers chics et pauvres, yakusas, capsules-hôtels… Et c’est là que réside une fois encore la puissance du film.

Côté scénario, très calqué sur Your Name , Les Enfants du temps a tout pour séduire les ados japonais, avec un romantisme rose bonbon (heureusement contrebalancé par une bonne dose d’humour). Ce qui fait la spécificité de Shinkai par rapport à son aîné Miyazaki. Le vieux maître n’avait en effet pas besoin de cette dimension un peu facile pour séduire tous les publics, des jeunes enfants aux adultes, avec ses histoires mythologiques d’une vraie profondeur, où la poésie paraissait nettement moins stéréotypée.

Reste que, du point de vue de l’objet esthétique, Les Enfants du temps est une splendeur. Et, qu’à 46 ans, son auteur est encore jeune et gagnera sans doute en maturité pour gommer, petit à petit, les fioritures de son cinéma pour aller à l’essentiel.