"Scandale", par Charles Randolph, avec Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie au cœur d’un scandale de harcèlement sexuel

En 2015, en plein débat de la primaire républicaine, Megyn Kelly (Charlize Theron), la présentatrice star d’America Live sur Fox News, déstabilise Donald Trump, en l’interrogeant sur sa relation problématique avec les femmes. S’en suivront, dans la nuit, quinze tweets incendiaires du futur président américain. De quoi déstabiliser les spectateurs de cette chaîne ultra-conservatrice lancée en 1996 par Rupert Murdoch. Son patron, le tout-puissant Roger Ailes (John Lithgow), ne se montre d’ailleurs guère empressé de voler au secours de sa journaliste. Trop occupé à écarter de l’antenne Gretchen Carlson (Nicole Kidman), qu’il juge trop libérale. Ou à faire des avances très appuyées à Kayla Pospisil (Margot Robbie), jeune productrice au physique engageant qu’il promeut au sein de l’émission The O’Reilly Factor

Un vrai scandale

Scénarisé par Charles Randolph (déjà derrière l’excellent The Big Short d’Adam McKay, sur la crise des subprimes en 2015), Scandale revient sur une affaire de harcèlement sexuel au sein de Fox News qui poussa à la sortie le fondateur de la chaîne Roger Ailes, ainsi que certains journalistes vedettes comme Bill O’Reilly. Et ce un an avant que n’éclatent l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo.

À la réalisation, on retrouve Jay Roach qui, après deux séries de comédies à succès (Austin Powers et Mon beau-père et moi, c’est lui), s’est tourné vers un cinéma nettement plus politique. Que ce soit dans une série de téléfilms de prestige pour HBO (Recount, sur le recomptage des voix en Floride lors de la présidentielle de 2000, ou Game Change, avec Julianne Moore en Sarah Palin) ainsi que dans sa biographie du scénariste Dalton Trumbo en 2015.

De son passé de réalisateur de comédies, Roach a conservé une redoutable efficacité dans la mise en scène et notamment un grand sens du rythme. Qui lui permet d’accoucher d’un véritable thriller décrivant, de l’intérieur, le fonctionnement patriarcal et abusif de Fox News.

Un trio d’actrices de choc

Si c’est évidemment le scandale sexuel qui est au cœur du récit - à travers trois récits parallèles portés par un trio féminin de choc : Charlize Theron (également productrice), Nicole Kidman et Margot Robbie (la seule à interpréter un personnage de fiction) -, Scandale s’intéresse, ce faisant, aux liens étroits, pour ne pas dire incestueux, qui existent entre le monde des médias et la politique américaine. Où l’on comprend combien le combat féministe est bel et bien politique, et pas uniquement sociétal.

Face à ce récit impitoyable, on se demande comment Fox News a pu survivre à une telle tempête et continuer à être la chaîne d’infos la plus regardée des États-Unis, malgré les innombrables propos scandaleux et autres fake news propagés à l’antenne. On est surtout impressionné par la capacité d’Hollywood à revenir, de façon aussi précise et documentée, sur l’histoire récente des États-Unis. Et ce en reprenant les vrais noms des acteurs principaux du scandale, les vrais titres d’émissions, le vrai logo de la chaîne, des décors plus vrais que nature… En effet, si le sujet est identique à celui de The Morning Show (la première série produite par Apple, avec Jennifer Aniston, Reese Witherspoon et Steve Carell), Scandale nous raconte, lui, une affaire bien réelle, passée un peu inaperçue en pleine campagne présidentielle américaine. L’élection de Donald Trump venant en effet doucher bien des espoirs nés à l’issue de ce scandale…

Bombshell / Scandale Thriller féministe De Jay Roach Scénario Charles Randolph Photographie Barry Ackroyd Musique Theodore Shapiro Avec Charlize Theron, Nicole Kidman, Margot Robbie, John Lithgow, Kate McKinnon, Connie Britton, Mark Duplass, Malcolm McDowell… Durée 1h50.

"Scandale", par Charles Randolph, avec Charlize Theron, Nicole Kidman et Margot Robbie au cœur d’un scandale de harcèlement sexuel
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