"Dark Waters", le thriller qui dénonce la pollution de l'industrie américaine

Todd Haynes change de registre avec un thriller efficace s’attaquant aux pratiques de DuPont de Nemours.

Alors qu’il vient d’être nommé associé dans un grand cabinet d’avocats de Cincinnati spécialisé dans le droit des entreprises, Robert Bilott (Mark Ruffalo) reçoit la visite d’un paysan (Bill Camp), qui dépose à l’accueil une caisse remplie de cassettes vidéo et affirme que sa ferme est empoisonnée par une installation de la société chimique DuPont de Nemours. Alors que l’avocat prie gentiment le bouseux de rentrer chez lui, celui-ci lui dit qu’il est de Parkersburg, en Viriginie Occidentale, et qu’il connaît sa grand-mère… De quoi piquer la curiosité de Bilott, qui convainc son patron (Tim Robbins) de, pour une fois, ne pas défendre un géant de l’industrie mais d’en attaquer un… Même si sa vie de famille - il vient d’avoir un enfant avec sa femme (Anne Hathaway) - risque de souffrir de cette procédure au long cours…

Le scandale du Téflon

En 2017, après trente ans de combat judiciaire, Robert Bilott a fini par arracher un accord, dans lequel DuPont acceptait de débourser 671 millions de dollars pour dédommager quelque 3 500 plaignants en Virginie Occidentale, riverains de l’un de ses sites d’enfouissement. C’est cet interminable parcours judiciaire sur plus de 20 ans, qui aboutira à la remise en cause de l’utilisation du Téflon, que retrace Todd Haynes dans Dark Waters.

Changeant radicalement de style, l’auteur de Loin du Paradis ou de Carol délaisse le mélodrame ou le film passionnel, mais pas le classicisme pour autant. Mis en scène de façon rigoureuse, son film rend en effet hommage aux grands classiques du film de procès, de Sidney Lumet à Sydney Pollack. Et met en scène un topos hollywoodien : le combat d’un homme seul, ici face à l’industrie américaine, campé par un Mark Ruffalo très impliqué, en tant qu’acteur mais aussi en tant que producteur.

Un thriller judiciaire classique

Avec Dark Waters, Todd Haynes signe un thriller politique dans la grande tradition d’Hollywood, qui dénonce non seulement le cynisme d’un géant mondial de la chimie, mais aussi la faiblesse de l’État américain. Lequel, au nom du libéralisme et de la dérégulation, a préféré miser, de façon totalement idéologique, sur l’autorégulation des industriels, plutôt que de donner un réel pouvoir à son Agence pour la protection environnementale. Celle-ci aurait en effet été bien en mal d’infliger la moindre sanction à DuPont, puisque le Polytétrafluoroéthylène, composé rejeté en masse dans l’environnement de Virginie Occidentale, était inconnu des autorités et ne pouvait donc, de facto, être considéré comme toxique.

Face à une démonstration aussi implacable, on est toujours fasciné par la facilité avec laquelle le cinéma américain peut aborder des sujets aussi délicats. Et à une firme toute-puissante comme DuPont de Nemours, qui chuchote à l’oreille de la Commission européenne ou des gouvernements des lois sur le secret des affaires. Si, grâce à celles-ci, il devient de plus en plus difficile pour la presse de s’attaquer aux multinationales sans se voir menacée de procès, Hollywood semble avoir encore les reins assez solides pour dénoncer les pratiques scandaleuses d’industriels qui, en toute connaissance de cause, mettent la vie de millions de personnes en danger. On estime d’ailleurs que 99 % des êtres humains ont en eux la fameuse molécule artificielle du Téflon, considérée aujourd’hui comme un cancérigène probable.

Dark Waters Thriller judiciaire De Todd Haynes Scénario Matthew Michael Carnahan et Mario Correa (d’après l’article de Nathaniel Rich The Lawyer Who Became DuPont’s Worst Nightmare dans le New York Times) Photographie Edward Lachman Musique Marcelo Zarvos Avec Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Bill Camp, Tim Robbins, Victor Garbe, Bill Pullman… Durée 2h06.

"Dark Waters", le thriller qui dénonce la pollution de l'industrie américaine
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