"Öndög": un film sublime qui emmène le spectateur dans un voyage surprenant au pays des espaces sauvages et du grand froid

Le Chinois Wang Quan’an s’inspire d’histoires vraies pour filmer la Mongolie rurale. Sublime !

Le Chinois Wang Quan’an s’inspire d’histoires vraies pour filmer la Mongolie rurale. Sublime !

Une voiture roule, la nuit, dans la steppe mongole. Le chauffeur et son passager parlent de l’instinct du chasseur, de chiens que l’on prend pour des loups… Dans les phares, on voit passer un troupeau de chevaux sauvages. Soudain, la voiture pile et s’arrête net face à un cadavre de femme…

C’est ce qu’on appelle une ouverture de choc ! En un plan séquence envoûtant, le Chinois Wang Quan’an pose d’emblée l’univers, à la fois naturaliste et fantasmagorique, d’Öndög, présenté en Compétition à la Berlinale en février 2019 et sacré meilleur film quelques mois plus tard au Festival de Gand.

Au petit matin, les paysages apparaissent encore plus désolés. L’horizon est immense, étendu encore par la beauté du Scope. Dans le cadre, le cadavre est rejoint par un loup et une petite troupe de policiers, qui font appel à une nomade (Dulamjav Enkhtaivan), la seule à vivre à des dizaines de kilomètres à la ronde. Les flics s’en vont. Ils reviendront plus tard chercher le cadavre, laissé sous la surveillance du plus jeune d’entre eux (Norovsambuu). À 18 ans, il n’a ni femme, ni enfant. C’est donc lui qui se sacrifie pour braver le froid polaire de la toundra mongolienne avec l’aide de la bergère, prête à tuer un agneau pour lui préparer du potage et l’aider à survivre à la nuit…

Approche ethnographique et humour

Que ce soit l’abattage et le dépeçage d’un mouton, le vêlage d’une vache, les ébats d’un couple, Wang Quan’an filme tout sur le même plan, avec une approche quasi ethnographique. Öndög vibre pourtant d’une poésie et d’une humanité rares.

En voyant cette femme seule perdue dans une nature hostile et cherchant du réconfort, sinon l’amour, on pense forcément au Mariage de Tuya , qui avait permis au cinéaste de décrocher l’Ours d’or à Berlin en 2005 (tandis qu’il recevait l’Ours d’argent du scénario en 2010 pour Apart Together).

Quinze ans plus tard, le paysage est identique (et toujours aussi majestueux sous la lumière du directeur photo français Aymerick Pilarski), tout comme la thématique, celle du couple et de l’amour pour braver la solitude, et cette passion pour les habitants des steppes de la Mongolie intérieure. Ce qui a changé dans ce film "inspiré d’histoires vraies", c’est peut-être la tonalité, avec une touche d’humour inhabituelle chez Wang Quan’an. Qui emporte le spectateur dans un voyage surprenant et magique au pays des espaces sauvages et du grand froid.

Öndög / La femme des steppes, le flic et l’œuf Drame naturaliste Scénario & réalisation Wang Quan’an Photographie Aymerick Pilarski Avec Aorigeletu, Dulamjav Enkhtaivan, Gangtemuer Arild, Norovsambuu… Durée 1h40.

"Öndög": un film sublime qui emmène le spectateur dans un voyage surprenant au pays des espaces sauvages et du grand froid
©DR

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