"Drunk" sabre le champagne aux European Film Awards

Les 33es prix du cinéma européen ont été remis, ce samedi soir, lors d’une cérémonie virtuelle retransmise en streaming depuis Berlin. Sans surprise, le magnifique Drunk du Danois Thomas Vinterberg, s’est imposé, succédant à The Favourite au titre de meilleur film européen de l'année.

"Drunk" sabre le champagne aux European Film Awards
©September

Samedi soir, lors d’une cérémonie diffusée en streaming depuis Berlin, les 33es European Film Awards (EFA) ont sacré, sans surprise, le magnifique Drunk de Thomas Vinterberg. Sacrifié sur l’autel du Covid en Belgique — il devait sortir le jour du début du second confinement —, le film du cinéaste danois a fait carton plein, décrochant les quatre prix pour lesquels il était en lice: meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleur scénario. Seul lui a échappé le prix des universités européennes, remis par un jury indépendant d’étudiants, qui lui ont préféré le documentaire Saudi Runaway de la Suisse Susanne Regina Meures.

A la mémoire de la fille de Vinterberg

Racontant comment un prof déprimé et ses collègues retrouvent goût à la vie grâce à l’alcool, Drunk est clairement l’un des films européens les plus marquants de l’année — il aurait d'ailleurs pu prétendre à la Palme d’or à Cannes, où il était sélectionné, si le festival avait eu lieu…

Au moment de recevoir son prix (le premier après quatre nominations), le génial Mads Mikkelsen a remercié le cinéaste danois (qui lui avait déjà permis de décrocher le prix d'interprétation cannois il y a dix ans pour La Chasse), mais aussi la fille de celui-ci, décédée l’année dernière dans un accident de voiture en Belgique et dont « l’esprit habite tout le film ». Après avoir remercié sa femme, sa famille, son équipe et ses acteurs, Tomas Vinterberg a, lui aussi, salué la mémoire de sa fille. « Enfin, je veux dire que ma fille est morte pendant que je faisais ce film. Elle aimait ce projet, elle devait y participer. Le film a été tourné dans son école, avec ses camarades, dans sa classe. La seule chose qui a fait sens quand elle est morte, c'était de continuer et de faire ce film pour elle. Vos votes, vos prix vont à sa mémoire. Je vous remercie du fond du coeur », a conclu, très ému, le réalisateur, à l'issue du dernier de ses trois discours de remerciements.

Succédant à The Favourite, qui avait trusté huit prix l’année dernière (record absolu), Drunk fait un très beau 33e EFA du meilleur film. Même si succès éclipse quelque peu le formidable La Communion du Polonais Jan Komasa;, qui rentre bredouille. Mais c’est bien comme ça aux European Film Awards: les quelque 3300 membres de l’Académie choisissent souvent de récompenser un seul film, plutôt que de panacher…

"Drunk" sabre le champagne aux European Film Awards
©Imagine

Une longue, très longue soirée…

En cette année exceptionnelle, les 33e EFA étaient évidemment un peu spéciaux. Pas de grande fête à Reykjavik avec toute la famille du cinéma européen, comme c'était initialement prévu, mais une cérémonie virtuelle en petit comité... Réunis au Futurium de Berlin, Wim Wenders, Marion Döring, Agnieszka Holland, Mike Downey et les remettants officiaient en effet à distance des nommés, qui suivaient la cérémonie en vidéo depuis leur salon (ou une chambre d’hôtel à Londres pour Viggo Mortensen, nommé comme meilleur acteur dans son premier film comme réalisateur Falling). Pas simple, dans ces conditions de rendre la cérémonie très vivante.

Mis à part l’émouvant hommage de Vinterberg à sa fille, peu de moments sont venus réveiller cette interminable cérémonie de plus de 2h30. Si ce n’est, peut-être, le rire sincère de l’Allemande Paula Beer, magnifique Ondine (Undine) pour Christian Petzold. Laquelle décroche un prix de la meilleur actrice amplement mérité (trois ans après sa nomination pour Frantz de François Ozon). Petit regret par contre pour la Belge Zoé Wittock, nommée au prix du meilleur premier film pour son très poétique Jumbo. Elle a dû s'incliner face à l’Italien Carlo Sironi, primé pour Sole, pourtant le film le moins enthousiasmant de la catégorie. Surtout à côté d'Isaac du Lituanien Jurgis Matulevičiu ou du magnifique Gagarine des Français Fanny Liatard et Jérémy Trouilh.

"Drunk" sabre le champagne aux European Film Awards
©D.R.

L’hommage à Wenders et Döring

Autre moment un peu plus vivant, l’hommage rendu à Wim Wenders et Marion Döring, sur le départ de l'Académie du cinéma eurpéen. Ils sont en effet remplacés, respectivement à la présidence et à la direction, par la cinéaste polonaise Agnieszka Holland et par le Néerlandais Matthijs Wouter Knol, l'ancien directeur du marché du film de la Berlinale.

De nombreuses personnalités du cinéma européen ont salués les deux réalisateurs allemands par vidéo interposée: Ken Loach, Maria de Medeiros, Volker Schlöndorff, Julie Delpy, Stephen Frears, les frères Dardenne, Liv Ullmann, Pawel Pawlikowski, Dieter Kosslick, Ben Kingsley, Susanne Bier, Stellan Skarsgård ou même Angela Merkel… Mais c’est le cinéaste hongrois István Szabó, 82 ans et membre fondateur de l’Académie, qui a rendu l’hommage le plus appuyé à Wenders et Döring, en appelant notamment à la mémoire d’Ingmar Bergman, premier président de l’Académie en 1988, auquel Wenders avait succédé en 1996.

Place donc désormais à une femme, Agnieszka Holland (dont on lira l’interview dans La Libre de lundi matin), qui aura la lourde tâche de mener la barque du cinéma européen en ces périodes de tempête pour l’avenir du continent et du 7e Art…

"Drunk" sabre le champagne aux European Film Awards
©Anders Overgaard

Le palmarès complet des 33es European Film Awards

  • Meilleur film: Drunk de Thomas Vinterberg (Danemark/Suède/Pays-Bas)
  • Meilleur réalisateur: Thomas Vinterberg pour Drunk de lui-même (Danemark/Suède/Pays-Bas)
  • Meilleure actrice: Paula Beer dans Ondine (Undine) de Christian Petzold (Allemagne)
  • Meilleur acteur: Mads Mikkelsen dans Drunk de Thomas Vinterberg (Danemark/Suède/Pays-Bas)
  • Meilleur scénario: Thomas Vinterberg & Tobias Lindholm pour Drunk de Th. Vinterberg (Danemark/Suède/Pays-Bas)
  • Prix Fipresci du meilleur premier film: Sole de Carlo Sironi (Italie)
  • Meilleur film d’animation: Josep d’Aurel (France/Belgique/Espagne)
  • Meilleure comédie: Un triomphe d’Emmanuel Courcol (France)
  • Meilleur documentaire: Collective d'Alexander Nanau (Roumanie/Luxembourg)
  • Meilleur court métrage: All Cats Are Grey in the Dark de Lasse Linder (Suisse)
  • Prix Eurimages de la coproduction: Luís Urbano (Portugal)
  • Prix des universités européennes: Saudi Runaway (documentaire) de Susanne Regina Meures (Suisse)
  • Prix de la narration innovante: Mark Cousins pour Women Make Film: A New Road Movie Through Cinema (Irlande)
  • Photographie: Matteo Cocco pour Volevo nascondermi de Giorgio Diritti (Italie)
  • Montage: Maria Fantastica Valmori pour Once More Unto the Breach (documentaire) de Michele Manzolini & Federico Ferrone (Italie)
  • Décors: Cristina Casali pour The Personal History of David Copperfield d’Armando Iannucci (G.-B.)
  • Costumes: Ursula Patzak pour Volevo nascondermi de Giorgio Diritti (Italie)
  • Maquillage et coiffure originale: Yolanda Piña, Félix Terrero & Nacho Diaz pour The Endless Trench d’Aitor Arregi, Jon Garaño & Jose Mari Goenaga (Espagne)
  • Musique: Dascha Dauenhauer pour Berlin Alexanderplatz de Burhan Qurbani (Allemagne)
  • Son: Yolande Decarsin pour Petite fille (documentaire) de Sébastien Lifshitz (France)
  • Effets spéciaux: Iñaki Madariaga pour The Platform de Galder Gaztelu-Urrutia (Espagne)
  • Les trois nommés au prix du public Lux du Parlement européen: Drunk de Thomas Vinterberg, Collective d'Alexander Nanau (Roumanie/Luxembourg) et La Communion de Jan Komasa (Pologne/France)