"Kajillionaire": une comédie joliment étrange sur le besoin d’affection, avec une géniale Evan Rachel Wood

Miranda July signe une comédie joliment étrange sur le besoin d’affection, avec une géniale Evan Rachel Wood.

"Kajillionaire": une comédie joliment étrange sur le besoin d’affection, avec une géniale Evan Rachel Wood

Devant un bureau de poste de Downtown Los Angeles, Robert (Richard Jenkins), Theresa (Debra Winger) et leur grande fille Old Dolio (Evan Rachel Wood) descendent d’un bus et commencent un étrange manège. Chacun de leur geste est minuté, de façon à ce que la jeune fille puisse entrer dans le bureau de poste sans se faire remarquer par les caméras…

En deux ou trois minutes, le ton est posé. Habillés de fripes, les personnages prennent le bus et piquent le courrier à la poste. C’est sûr, avec Kajillionaire, on ne voyagera pas en limousine sur les hauteurs de Beverly Hills ; on jonglera plutôt entre les lignes 2 et 3 de bus, d’un plan minable à un autre. Jusqu’à ce que, lors d’une arnaque à l’assurance autour d’un bagage faussement perdu à l’aéroport, la famille tombe sur la pétillante Melanie (Gina Rodriguez), qu’ils emmènent dans leurs combines…

Étrangeté et poésie

Pour son troisième film après Moi, toi et tous les autres (Caméra d’or à Cannes en 2005) et The Future en 2011, l’artiste, écrivaine et cinéaste Miranda July s’intéresse à un personnage en grande carence affective. Les parents de Old Dolio (nom donné en espérant toucher un billet de loterie…) la considèrent en effet plus comme leur complice d’arnaques que comme leur fille. Privée de la moindre attention, du moindre geste d’affection, la jeune femme est incapable de se comporter normalement en société : est gauche, ne supporte pas qu’on la touche… L’irruption de cette jeune Portoricaine va venir bouleverser le cours de sa vie. Si elle est d’abord jalouse de voir ses parents adopter Melanie comme leur fille, elle est aussi étrangement attirée par cette jeune femme aux formes généreuses.

Comme au bon vieux temps du cinéma indépendant des années 90, Miranda July met en scène dans Kajillionaire des personnages fantasques, des clochards célestes capables de profiter du peu que la vie leur offre (ou plus exactement qu’ils parviennent à en tirer). Mais sa drôle de famille est nettement plus complexe que cela. Ce que pointe la cinéaste ici, c’est d’abord la douleur d’une jeune femme pas assez aimée.

Car derrière l’humour corrosif et la mise en scène poétique - où un mur peut se mettre à suinter de la mousse ou des toilettes sordides se transformer en ciel étoilé, le temps d’un tremblement de terre -, les thèmes abordés sont durs, profonds. Comment se sortir d’une relation toxique avec ses parents ? Comment accepter d’être regardée, d’être aimée ? Comment surmonter sa peur des autres pour accepter qu’ils vous ouvrent les bras ?

Magnifique Evan Rachel Wood

Dans le rôle de cette jeune fille maladivement timide s’ouvrant peu à peu à une vie "normale", Evan Rachel Wood est éblouissante. À mille lieues de son image de poupée à la beauté foudroyante dans la série Westworld, elle se drape dans des habits trop grands, mal ajustés, renonçant, comme son personnage, à toute marque de féminité. Pourtant, l’actrice parvient à faire transparaître dans le moindre de ses gestes, dans sa nervosité face à la sexy Gina Rodriguez (à l’opposé d’elle, avec ses tenues trop courtes), le bouillonnement intérieur d’une jeune fille qui n’ose pas couper le cordon avec des parents étrangement aimants à leur façon, pour vivre sa propre vie. Car chez Miranda July, pas question de juger qui que ce soit. Et si le film est sans cesse en équilibre entre la bizarrerie et bons sentiments, il a le bon goût de ne jamais verser dans la facilité. Jusque dans son final épatant !

Kajillionaire Comédie décalée Scénario & réalisation Miranda July Photographie Sebastian Winterø Avec Evan Rachel Wood, Gina Rodriguez, Debra Winger, Richard Jenkins… Durée 1h44.

Le film est disponible en VOD sur Apple TV (4,99€), Rakuten (3,99€) et Google Play (5,99€)

"Kajillionaire": une comédie joliment étrange sur le besoin d’affection, avec une géniale Evan Rachel Wood
©D.R.