"Josep": une forme d'ode à la résistance

Sacré César du meilleur film d’animation, le long métrage d’Aurel sur le dessinateur antifranquiste est disponible en VoD.

"Josep": une forme d'ode à la résistance
©D.R.

Fan de musique et d’art urbain, Valentin est forcé de rendre visite à son grand-père Serge mourant qui conserve de nombreux souvenirs de la Seconde Guerre mondiale dans son petit appartement. Réticent, au départ, l’adolescent finit par interroger son grand-père sur la provenance de quelques dessins poignants d’hommes décharnés ou agonisants qui hantent ses murs.

De sa voix voilée et traînante, Serge raconte à son petit-fils sa rencontre déterminante avec l’auteur des œuvres qui l’intriguent tant. Il s’agit de Josep Bartoli, grand dessinateur espagnol antifranquiste, qui, à travers des dizaines de dessins, a témoigné de son vécu et de celui de ses compagnons d’infortune au sein des camps improvisés en France dès février 1939.

Valentin, lui-même, est attiré par le dessin et, notamment, par les tags qui envahissent la ville et traduisent la force de l’art urbain. La discussion avec son grand-père lui permet de découvrir un artiste méconnu qui a fait de son art une arme de résistance. L’homme était dessinateur de presse comme l’est Aurélien Froment, alias Aurel, qui mène le récit dans ce film.

Témoigner de l’horreur de La Retirada

L’histoire de l’amitié entre cet ancien gendarme français et un réfugié espagnol ayant fui la dictature de Franco révèle l’horreur de la Retirada : 500 000 Républicains espagnols fuyant la dictature, venus se réfugier en France où ils seront parqués dans des camps comme des animaux, soumis aux brimades et aux humiliations. Au fil du temps, la faim et les maladies auront raison des plus faibles…

Le premier long métrage d’Aurélien Froment, alias Aurel, collaborateur du journal Le Monde et dessinateur engagé, met en lumière l’univers de Josep Bartoli auquel il est étroitement relié par la force et l’acuité du dessin politique et par sa façon de décrire le monde.

Le film repose sur une technique très particulière qui joue sur l’alternance entre dessins filmés et images animées. Aux couleurs éclatantes succède le noir et blanc angoissant et vice versa, tandis que le récit marie avec beaucoup de poésie traits expressifs et journal d’un quotidien âpre et déshumanisant dans les camps. Une narration qui redonne peu à peu vie à cette histoire tristement humaine et à l’œuvre de l’artiste espagnol oublié.

Pour mener à bien son récit, Aurel a fait appel au scénariste Jean-Louis Milesi, complice de Robert Guédiguian. En résulte une œuvre riche et polymorphe, palimpseste chatoyant en forme d’ode à la résistance et à la force de l’art. Soutenue par le producteur de Valse avec Bachir et portée par les voix de Sergi Lopez, Valérie Lemercier et Bruno Solo, elle vient de décrocher le César du meilleur film d’animation.

Josep Récit de vie De Aurel Scénario Jean-Louis Milesi Durée 1h14.

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